
INTRODUCTION GENERALE
Depuis la naissance de l’église, le jour de la Pentecôte, elle vit et se nourrit de la parole de Dieu, de l’Eucharistie et construit certes sa vie sur Jésus-Christ, mais elle grandit et s’affermit à la lumière des expériences des hommes et des femmes aux témoignages immenses, denses, émouvants qui ont vécu parmi nous et qui, aujourd’hui nous ont précédés dans la maison du Père. Ces personnes, aux richesses multidimensionnelles, constituent des modèles et permettent de nos jours aux uns et aux autres d’essayer eux aussi de modeler leur vie humaine, morale, spirituelle sur la leur. Il s’agit de puiser une force dans l’expérience spirituelle des témoins vivant de la joie évangélique, pour façonner l’originalité de chaque cheminement spirituel.
Par ailleurs, « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ; et s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont aussi des témoins »(E.N.41), parce qu’ils ont, de par leur disponibilité, leur engagement, le don de leur vie, permis à l’Esprit de s’exprimer dans leur agir quotidien, et par là-même, de donner une nouvelle impulsion à la mission.
« Baba Simon [1] et sa visée missionnaire », c’est bien le thème sur lequel nous allons réfléchir tout au long de ce travail. Incontestablement surgit une interrogation : pourquoi choisissons-nous de parler seulement de l’Abbé Simon Mpeke, le « Baba Simon » au milieu de tous ces nombreux premiers missionnaires aussi audacieux, zélés et pionniers de l’évangélisation du Nord-Cameroun ? Un bref regard porté sur sa vie et son œuvre justifiera notre choix.
Simon Mpeke, serviteur de Dieu, né vers 1906 à Batombé (Edéa) au Cameroun, de parents cultivateurs, de religion traditionnelle, YOMBA et INIYEM EPOUHE.
En 1914, alors qu’il fréquente l’école tenue par les Pallotins Allemands, il demande le baptême. Son vœu sera exaucé le 14 août 1918, après la première guerre mondiale, par les Spiritains Français à Edéa.
Il exerce le métier d’instituteur dans les écoles de brousse puis à la mission centrale d’Edéa. C’est là, en 1921 qu’il exprimera son désir de devenir prêtre. Il rompt ses fiançailles avec la jeune fille qui lui était promise et se met à l’étude du latin avec un petit groupe d’amis. En août 1924, il intègre le petit séminaire de Yaoundé qui a ouvert ses portes en juillet 1923.
Il laisse le souvenir d’un excellent séminariste, très pieux et pacifiant. Il fait partie, le 8 décembre 1935, des 8 premiers prêtres Camerounais ordonnés prêtres à Yaoundé et Douala.
Habité dès le séminaire par le goût de la contemplation, il avait formé le projet, avec quelques confrères, d’une congrégation active et contemplative.
En 1936, il est nommé vicaire de la mission de Ngovayang où il laissera le souvenir d’un prêtre très zélé, très surnaturel, qui fait merveille et se dépense sans compter. Marqué par la théologie de son époque, il prend alors très fortement position contre les pratiques des religions traditionnelles de la région.
Nommé en 1947 à la grande paroisse de New-Bell à Douala, il en deviendra le curé au bout d’un an. Il donnera son essor à la paroisse en développant les congrégations et confréries diverses, en soutenant les mouvements d’action catholique et les écoles et en étant d’une disponibilité et d’une générosité totale pour ses ouailles. L’installation des fraternités de Petits Frères et Petites Sœurs de Jésus dans la paroisse le rapproche de la spiritualité de Charles de Foucauld.
En 1953, il intègre l’institut séculier des Frères de Jésus et part, pour un an, faire son noviciat en Algérie.
Il sera un des fondateurs au niveau international de l’Union Sacerdotale Jésus-Caritas et son premier responsable au Cameroun et dans cette région d’Afrique.
Prêtre très aimé et très influent, il fut même proposé avec deux autres au poste d’auxiliaire de son Evêque.
Vers 1954, il ressent un appel à participer à l’évangélisation des populations du Nord- Cameroun. Après avoir mûrement réfléchi, et porté par le dynamisme missionnaire de l’Encyclique « Fidei Donum », il deviendra en 1959, le premier prêtre séculier missionnaire dans son propre pays.
Après un bref séjour à Mayo-Ouldémé, auprès des Petits Frères de Jésus, il s’installe à Tokomberé, dans l’actuel diocèse de Maroua-Mokolo.
Vivant pour lui-même dans un total dénuement, le missionnaire aux pieds nus passera sa vie à lutter contre la misère ennemie de l’homme
Sa vie de prière intense et son sourire devenu légendaire en faisaient un témoin lumineux de l’amour de Dieu.
Par l’école, les structures sanitaires, l’engagement contre l’injustice, l’encadrement des jeunes et l’appel à la fraternité universelle, il a permis une réelle promotion des populations des montagnes du Nord-Cameroun. Son souci du dialogue permanent avec les responsables des religions traditionnelles en a fait un précurseur prophétique du dialogue inter-religieux, remis à l’honneur par Vatican II, et lui a mérité le surnom sous lequel il est encore vénéré 25 ans après sa mort tant par les chrétiens que par les non chrétiens : « Baba Simon » (Papa Simon)
C’est le 13 août 1975 qu’il s’éteint, épuisé au terme d’une vie entièrement consacrée à Dieu et aux Hommes[2].
Baba Simon est l’une des grandes figures de la mission qui se démarque nettement par sa vie. Il s’agit non seulement de rendre un vibrant hommage à un homme de Dieu à la vie fabuleuse, figure emblématique du clergé camerounais, mais aussi et surtout de « ressusciter ainsi la mémoire vivante d’un personnage du passé dont la grandeur d’âme et les bonnes oeuvres se conjuguent encore merveilleusement au présent de l’indicatif. »[3] Nous croyons que Baba Simon a saintement vécu et qu’il peut être un modèle pour tous les chrétiens camerounais, pourquoi pas du monde entier. Nous voulons hériter de lui sa simplicité, sa sociabilité, sa charité, sa vie de prière, son amour des hommes et des femmes… bref son combat pour la promotion humaine et la gloire de Dieu.
Nous croyons par ailleurs, que Baba Simon était un bon pasteur, un saint prêtre, que sa vie peut aider les prêtres et les futurs prêtres du Cameroun, ceux du Nord en particulier à mettre leurs pas dans ses pas, à calquer, tout en apportant chacun sa coloration, sa prodigieuse approche missionnaire qu’il a su mettre en œuvre, ceci dans le respect et l’écoute de la foi traditionnelle des populations parmi lesquelles il vivait. De la naissance de sa vocation missionnaire, à sa pratique concrète marquée par son zèle apostolique, nous sommes parvenus aux sources, aux fondements de cette vie entièrement donnée. Ce travail se situe dans le cadre de la Missiologie et consiste à présenter un modèle missionnaire.
Nous n’avons aucune prétention de faire un traité complet de l’homme Baba Simon. Il est question pour nous, dans une démarche synthétique et analytique, de recenser simplement des points, mieux des traits essentiels de la vie d’un pasteur, d’un missionnaire aux pieds nus, du « premier fidei-donum du Cameroun », d’un véritable homme de Dieu aux multiples richesses et qualités humaines et spirituelles incontestables. Nous voulons en dernier essor, apporter notre contribution, aussi minime soit elle, à le faire connaître davantage et à plus de personnes, à le conseiller, à le proposer comme modèle aux chrétiens, plus encore aux futurs prêtres de ce grand Nord-Cameroun où l’Evangile n’a pas encore atteint tous les cœurs, pour qu’ils annoncent de façon pertinente et crédible, en paroles et en actes la Bonne Nouvelle du Salut.
Il y a là un triple défi : défi lancé à moi-même comme futur pasteur, défi lancé à mes confrères séminaristes, défi lancé aux hommes et femmes de cette région du Cameroun. Tel est l’enjeu du travail de fin de cycle de théologie auquel est consacrée la réflexion qui s’ouvre.
NAISSANCE DE LA VOCATION
MISSIONNAIRE DE BABA SIMON
Quand est née la
vocation missionnaire de Baba Simon ? De quoi s’est-il inspiré ? D’où
lui vient cet ardent désir d’être missionnaire ? Voilà autant
d’interrogations que nous nous proposons de lever dans cette partie du travail.
En effet, plusieurs sources ont éveillé et façonné le goût de la mission chez
le jeune Simon MPEKE.
En 1955, Monseigneur BONNEAU, dans un contexte
particulièrement troublé au Cameroun et, encouragé par les Encycliques des
papes Benoît XV, Maximum illud (1919), PIE XI, Rerum ecclesiae
(1926), PIE XII, Evangelii praecones
(1951)…, sent l’urgence d’être soutenu dans sa charge par un clergé indigène et
pourquoi pas à l’avenir initier un épiscopat autochtone. La renommée, la
popularité et la bonne réputation de l’Abbé Simon avaient soulevé des rumeurs
selon lesquelles il serait choisi. Surprise ! C’est Thomas MONGO que le
Saint Père choisit le 21 novembre 1955.
Par ailleurs, autour de cette même période parut dans L’Effort
Camerounais du 18 au 24 décembre 1955, un article intitulé « les Kirdi
païens du Nord ». Ce qui a suscité la question de l’Abbé Grégoire CADOR :
« Est-ce cette association d’idées qui a permis à certains de croire
que Simon MPEKE aurait voulu monter au Nord par dépit de ne pas être nommé
Evêque ? »[4],
interrogation vite levée par ces paroles :
« Simon, lui, est insensible aux honneurs. Son désir de vie simple, et même de rejoindre les Petits Frères de Jésus au Nord-Cameroun est déjà ancien. Il trouve anormal que le clergé camerounais ne participe pas à l’évangélisation du Nord-Cameroun qui, depuis 1946, est le champ de travail des missionnaires Oblats de Marie Immaculée, venus de France, conduits par le père Yves Plumey.»[5]
Ainsi, il apparaît que le non succès à l’épiscopat de l’Abbé Simon n’est en rien la cause de son désir missionnaire. D’où tire t-il alors sa vocation missionnaire ?
1. Eveil de sa vocation missionnaire
1.1. Sa formation et ses
premiers pas de jeune prêtre avec les missionnaires spiritains
Dès sa jeune enfance, MPEKE a côtoyé les missionnaires spiritains. Fasciné par leur dévouement, il reçut le baptême et la première communion en 1918. Il travaille avec les Spiritains comme enseignant, catéchiste, traducteur…
Entré au
séminaire le 08 août 1924, ses formateurs furent des prêtres spiritains. Ce qui
modela sa vision de la mission. Ordonné prêtre, Simon est nommé vicaire du père
Sohler, cssp, qui appréciera à sa
juste valeur le zèle, le dynamisme et l’enthousiasme de son travail
pastoral : réveil des consciences endormies, nouvelle ardeur chez les
catéchumènes, retour des protestants, visites des pauvres et des malades dans
les quartiers, tournées dans les secteurs et célébration des offices, retraites
et formation des catéchistes, conférences, enseignements à l’école… Le père Sohler manifeste son entière
satisfaction en ces termes : « Vraiment, nous pouvons chanter une
hymne enthousiaste d’action de grâce ! C’est un réveil miraculeux de la
vieille mission de Ngovayang. Une mission abondante qui console de toutes les
fatigues et encourage pour l’avenir,
tout en permettant tous les espoirs. Deo Gratias ! » [6]
L’amitié du curé spiritain à l’égard de l’Abbé Simon Mpeké et cette vie menée à ses côtés, ont fait progresser sa
vie spirituelle et son désir
missionnaire.
1.2. La rencontre de la
spiritualité de Charles de Foucauld.
L’Abbé Pierre
CIMETIERE, de la Fraternité Sacerdotale des Frères de Jésus raconte : (Le jeune Simon MPEKE),
« Dès
son séminaire avait exprimé le désir de former un groupe de prêtres dans le
contexte de la vie diocésaine pour mieux vivre l’Evangile et suivre
Jésus-Christ. Il rapporte : « A plusieurs nous voulions faire un groupe vivant comme des
religieux, autour de l’évêque, mais sans entrer chez les Spiritains, en mettant
de l’argent en commun »[…]. En réalité, il voulait rester prêtre diocésain
tout en donnant à son ministère une base évangélique et spirituelle. « Je
voudrais quelqu’un qui contrôle et commande au point de vue spirituel. »
Quelques rencontres avec le père VOILLAUME et Guy RIOBE, responsable général de
l’Union Jésus Caritas, une année en France et plusieurs séjours par la suite l’aideront
à réaliser son désir : un petit groupe de prêtres se rassemblerait
désormais dans l’esprit du Frère
Charles »[7].
Avec patience et avec l’accord de ses supérieurs
hiérarchiques, Simon MPEKE va se rapprocher davantage des Petits Frères en
participant à des retraites, en passant une année au noviciat pour l’union de
frères de Jésus en Algérie[8]
en séjournant dans les fraternités où il développe une vie de pauvreté et
d’oraison, de simplicité et de charité.
A la fin d’une retraite prêchée par le père VOILLAUME, Simon
MPEKE prononce ses premiers vœux. Devenu responsable régional et entouré de
quelques autres membres de la fraternité, il organise des rencontres au cours
desquelles silences, messes, offices, conférences, adoration, évangile,
échanges, désert, révision de vie, adoration nocturne sont au programme[9].
C’est au sein de la fraternité que Baba Simon apprend, développe et vit d’une spiritualité simple et profonde où il a su lier contemplation et action au sein du monde qui, aux yeux de beaucoup, se dessèche, pire encore chez ces plus de 80.000 Kirdi qui n’ont pas encore entendu la Bonne Nouvelle. Cette spiritualité va faire grandir en lui le désir de « porter l’évangile aux plus pauvres », à ces Kirdi démunis, malades, isolés du reste du Cameroun. Il le fait savoir à la sœur Marie Céline Ngo Pem qui, elle aussi, nourrit le goût et le souci de la mission au Nord-Cameroun :
« L’appel intérieur me tourmente depuis très longtemps pour aller évangéliser nos frères du Nord. Si c’est par toi Sr Marie Céline que l’Esprit de Dieu a concrètement réalisé cet appel, j’accepte. Dieu nous appelle et c’est lui qui nous aidera à accomplir cette mission. » [10]
1.3. Jésus Caritas et les
retraites internationales
L’éveil missionnaire de Simon Mpeké est aussi fortement lié à la
fondation de la fraternité sacerdotale « Jésus Caritas » et les
participations aux récollections mensuelles personnelles et surtout aux
retraites internationales.
D’abord
confesseur de la fraternité des Petits Frères et des Petites Sœurs de Jésus,
Simon Mpeké y fait ses
récollections hebdomadaires. Son goût de la spiritualité foucauldienne grandit petit à petit. Avec l’accord de son
Evêque et le soutien financier de ses paroissiens, il part vivre pour quelques
mois au désert l’expérience d’EL ABIODH en Algérie, une sorte de noviciat où il
est initié à la vie de l’Union des Frères de Jésus. C’est dans ce climat que va
se développer sa vie de pauvreté, d’oraison, de simplicité et de charité
entièrement vécue, donnée à Dieu et aux hommes.
L’on réalise alors que la spiritualité faucauldienne est l’un des
éléments importants dans l’éveil de la vocation missionnaire de Baba Simon.
2. Les appels du
Magistère
2.1.
L’appel de Pie XII dans
l’encyclique
}Fidei-Donum~
Au début du XXème
siècle, le christianisme gagne du terrain en Amérique, en Asie et en Afrique.
Pour encourager ces missions dans leur croissance et leur affermissement, le
pape PIE XII entreprit d’introduire au sein de l’Eglise Universelle plusieurs
aspects novateurs. Dans le domaine liturgique, l’on note l’introduction des
langues nationales dans les rituels des sacrements, la restauration de la
vigile pascale et de la semaine sainte, l’autorisation des messes du soir, la
modification du jeûne eucharistique… Il ouvre ainsi la voie aux réformes
formulées par le concile Vatican II aussi bien dans le constant
encouragement aux diverses formes de
l’apostolat des laïcs que dans le souci d’accélérer la constitution d’Eglises
indigènes dirigées par leurs propres évêques, et d’aider néanmoins ces Eglises
par le détachement auprès d’elles de prêtres diocésains issus des pays
chrétiens. C’est dans cette perspective que Pie
XII dans l’Encyclique « Fidei-Donum » lance un appel grave et
pressant aux évêques, pour l’envoi temporaire de prêtres en pays de mission. Il
écrit à cet effet :
« […]
Une autre forme d’entraide plus onéreuse sans doute est pourtant pratiquée par
plusieurs Evêques qui autorisent certains de leurs prêtres, fut-ce au prix de
quelques sacrifices, à partir se mettre pour une durée limitée à la disposition
des ordinaires d’Afrique. Ce faisant, ils rendent à ceux-ci un service
irremplaçable […] ». Plus loin il poursuit : « Nous
encourageons volontiers ces initiatives généreuses et opportunes. Elles peuvent
apporter une solution précieuse, dans une période difficile, mais pleine
d’espérance au catholicisme africain » ( F.D. n°17).
D’autres dignitaires de l’Eglise vont vulgariser et rendre effectif ce cri de Pie XII. Son successeur le pape Jean XXIII va lui emboîter le pas, en invitant les Evêques pour l’envoi de leurs meilleurs prêtres en Amérique Latine. Nous retenons de lui ces fortes paroles tirées de sa lettre adressée au cardinal LienarT, alors président des cardinaux et archevêques français :
« Nous voudrions, sans porter préjudice à
l’effort magnifique consenti par nos chers fils du clergé français en faveur du
continent africain et des missions dans le reste du monde, qu’un effort
parallèle soit tenté, dans la mesure du possible, en faveur de l’Amérique
Latine. »[11]
Le concile Vatican II, reprenait à son compte l’appel de Pie XII et, partant du fait que
« Tous les Evêques ont été consacrés, non seulement pour un diocèse donné, mais pour le salut du monde entier,» invitait ceux-ci à réfléchir « à la très grave pénurie des prêtres qui empêche l’évangélisation de nombreuses régions et à envoyer à des diocèses manquant de clergé, quelques-uns de leurs meilleurs prêtres qui se proposent pour l’œuvre missionnaire »(A.G.38)
C’est ainsi qu’à
la suite de ces différents appels, de nombreux prêtres vont quitter leur
diocèse pour rendre service là où le besoin est plus urgent. C’est dans cette
mouvance et pour faire écho à ces interpellations que Simon MPEKE va quitter
son Sud natal pour le Nord- Cameroun. Il est convaincu que l’évangélisation
passe par l’échange entre les Eglises. Pour lui, une Eglise locale ne doit pas
s’enfermer sur elle-même et doit être attentive aux situations des Eglises
d’ailleurs. Cet échange permet un approfondissement et un enrichissement
surnaturels. Simon Mpeké ayant
déjà une bonne disposition intérieure pour la mission est encouragée par ces
paroles du Secrétaire de l’Union Sacerdotale des Frères de Jésus :
« Il faudrait que l’union, et chacun d’entre nous se mette en totale
disponibilité et en généreuse ouverture à tout ce que Jésus voudra bien nous
demander pour nous rendre toujours plus présents, d’esprit, de cœur et d’âme à
l’Afrique toute entière »[12].
Guy Riobé commentait
ainsi l’Encyclique « Fidei Donum » pour ses confères de la
fraternité. Plus tard, Simon Mpéké
obtient l’autorisation officielle de son Evêque, lui aussi motivé par l’appel
de Pie XII.
« L’enjeu est si grand, il faut faire vite, il y en va de l’avenir religieux de tout le Cameroun, suivant que ce milieu de kirdi sera, dans les prochaines années, prisonnier de l’Islam ou libéré par Jésus-Christ. Et puis, ce sera notre réponse personnelle à « Fidei-Donum », dans l’espoir que la France, répondant à son tour à l’appel de Pie XII, viendra à notre secours »[13].
Cette Encyclique
a marqué un tournant décisif dans la vie de l’Eglise. C’est donc pour
apporter sa contribution à l’édification de l’Eglise du Nord, dans ce sillage,
que Baba Simon, de concert avec ses supérieurs hiérarchiques, monte pour la
mission.
2.2.
L’Appel de Monseigneur Yves Plumey
Nous sommes à la
fin de la deuxième guerre mondiale. Alors que tous les rapports des
administrateurs coloniaux notifiaient que le Nord-Cameroun était la chasse
gardée de l’Islam, le passage des aumôniers militaires français, en
l’occurrence de la Compagnie de Jésus (s.j) dans cette région du Nord fait un
autre constat : il y a une forte densité des populations animistes qui
sont foncièrement contre l’Islam. Ce qui pourrait éventuellement être une terre
fertile au catholicisme. Rome informé s’en émeut et dépêche sur des lieux le
révérend père Prouvost. Le
rapport de ce dernier est clair : des milliers des populations n’adhèrent
pas à l’Islam, donc il faut faire quelque chose. C’est alors que la création de
la mission Tchad- Cameroun est décidée.
En août 1946,
une délégation de 14 prêtres Oblats de Marie Immaculée à la tête de laquelle se
trouve le père Yves Plumey débarque
au Tchad et sillonne aussi le Nord- Cameroun. Ils vont parcourir, qui à pieds,
qui à cheval, qui en voiture de nombreuses localités : Mayo Kebbi,
Tignère, Atta, Poli, Kousseri, Logone-Birni… proclamant la Bonne Nouvelle à des
masses de populations Gbaya, Fali, Dowayo, Guidar, Daba, Mafa, Kapsiki,
Toupouri, Massa, Mundang, Guiziga…. Devant l’immensité géographique de la
région, devant de nombreuses foules sans bergers à évangéliser, Yves Plumey devenu Evêque va lancer un cri
d’alarme pour que d’autres missionnaires puissent venir en renfort. En réponse
à cet appel, plus de 190 autres prêtres, en majorité Oblats de Marie Immaculée
viendront soutenir cette noble tâche d’évangélisation entreprise par les
premiers. L’Abbé Simon Mpeké,
originaire du pays, prêtre diocésain mais convaincu que tout prêtre est d’abord
missionnaire va se laisser aussi toucher par ce vibrant cri de Mgr Yves Plumey. Voilà quelque chose qui vient
ajouter un plus à sa première ambition : aller en mission au
Nord-Cameroun.
En hommage à
tous ces premiers missionnaires de l’Evangile de Nord-Cameroun, je voudrais
faire miennes ces paroles de Mgr Jean Zoa,
archevêque de Yaoundé :
« Voici
que sonne au clocher des siècles, le premier centenaire de l’Eglise Catholique
au Cameroun. On voudrait s’arrêter avec recueillement, et égrener, en méditant, les noms de tous ceux,
vivants ou morts, qui ont jeté sur cette glèbe du Nord, la semence de
l’Evangile, et l’on arrosé de leurs sueurs et de leur sang : les pères
Oblats de Marie Immaculée, par centaines venus de France et de Pologne ;
les prêtres fidei-Donum accourus des diocèses des vieilles terres de
chrétienté ; la première gerbe de prêtres et de religieuses ou
missionnaires camerounais venus du sud, derrière la silhouette biblique de leur
aîné Baba Simon ; et les missionnaires laïcs de toutes les nationalités et l’infatigable
armée des catéchistes toujours à l’avant-garde, jusqu’aux villages perdus
parmi les pitons de Mindif ou les hameaux Batta sous les roseaux des bords de
la Bénoué.»[14]
2.3. Appel du premier
missionnaire camerounais, père Alexis ATANGANA
Ordonné le 08
décembre 1957, le père Alexis Atangana,
dans un article intitulé « Seul prêtre Ewondo dans le Nord. Le père
Alexis Atangana nous
parle », l’auteur Alexis Atangana,
puisqu’il s’agit de lui, interpelle les uns et les autres et les met en face de
leurs responsabilités vis à vis des frères du Nord qui n’ont pas encore connu le christianisme et qui attendent sa
liberté. Nous retenons de lui ces paroles fortes et denses :
« Susciter
la foi ? Voilà pourquoi les oblats sont envoyés chez ces peuples qui
ignorent encore la voie du salut : un oblat missionnaire proclame la Bonne
Nouvelle au milieu des infidèles. Or le pape écrivait l’an passé : « Le
missionnaire ne demande pas qu’on l’admire, mais bien plutôt qu’on l’aide à
fonder l’Eglise là où il est encore possible de le faire. Certains penseraient
ici que le Pape ne parle que d’une aide pécuniaire, matérielle. N’oublions pas
que dans cette Encyclique, le Saint Père insiste sur le manque des
missionnaires en Afrique. Dans l’Eglise Catholique, pas de monopole !
Aussi, il n’appartient pas à l’Europe seule d’asseoir l’Eglise dans les pays
des infidèles.»[15]
Ce cri urgent
lancé par le père Alexis emboîte le pas au Pape Pie XII dans Fidei- Donum. L’Abbé Simon Mpeké s’est senti particulièrement
touché par cet appel et ceci augmente et favorise davantage son projet pour le
Nord-Cameroun.
3. Autres motivations
En plus des
raisons fondamentales ci-dessus évoquées, il convient aussi de mentionner
certaines autres motivations non négligeables.
3.1. L’ouverture du peuple
Bassa
Simon MPEKE est
Bassa, de culture Elog M’poo. Depuis belle lurette, ces populations du Sud de
la côte ont gardé une sorte de foi en leur mission messianique : la
mission de sauver les autres peuples. Orgueil ? En tout cas, de nombreux
catéchistes, prêtres sont partis de M’poo, de Batanga, de Douala, pour
évangéliser les personnes à l’intérieur ; cette volonté missionnaire de
porter le salut aux autres était inscrite dans les rites traditionnels de sa
région. L’acquisition de nouvelles connaissances a maintenu leur esprit en
éveil et a renforcé ce désir d’aider les autres. Il faut relever qu’aussi sur
le plan politique, c’est du Sud que sont issus les pionniers de la lutte pour
la liberté du pays, que sont partis les premiers martyrs de l’indépendance du
Cameroun. Son père étant prêtre de la société de Njee[16],
Simon Mpeké, dépassant les
considérations ethniques ou de lieux avait développé ce désir pressant et fort
d’aller évangéliser, enseigner, porter les nouvelles connaissances et leurs
manières d’être, de savoir faire et de savoir être aux peuples d’ailleurs[17].
3.2. Sa
curiosité.
L’une des motivations
du départ en mission au Nord-Cameroun de l’Abbé Simon Mpeké fut sa curiosité. Chose banale ? Pas tout à fait.
Beaucoup des touristes découvraient le Nord-Cameroun. Ils sont attirés par
des réserves d’animaux sauvages, les paysages volcaniques, les marchés colorés,
les coutumes, les hommes nus des montagnes kirdi, des concessions au toit de
paille… et ils en parlent, écrivent des articles des journaux. Mais ce qui à
beaucoup plus nourri la curiosité et a poussé l’Abbé Simon Mpeké à venir au Nord- Cameroun est bel
et bien la lecture d’un rapport d’un administrateur français basé à Maroua. Il
le dit lui-même :
« C’est par la connaissance du Nord-Cameroun que j’ai demandé à mon Evêque de quitter le Sud pour venir ici. C’est à la suite d’un article dans les études camerounaises qui parut en 1947 que j’avais vu qu’il y avait des populations païennes du Nord-Cameroun qui étaient très intéressantes… Depuis lors, j’ai conçu une grande sympathie pour ces populations du Nord- Cameroun » [18]
A son arrivée au Nord,
comment va t-il s’organiser ?
CHAPITRE II
Nous voudrions aborder dans ce chapitre le vécu concret, le
quotidien de Baba Simon. Parmi tant de choses qu’un pasteur peut vivre, nous
avons choisi de nous limiter à quelques aspects essentiels. Après son
installation, il organise sa mission à Tokombéré. D’abord le dialogue
inter-religieux où seront mis en exergue ses relations avec les autres
religions qui l’entourent ; ensuite nous relèverons sa vision et son vécu
de la promotion humaine où un accent sera mis sur les secteurs de l’éducation,
de la santé et de la justice et paix ; nous terminerons par la pratique de
l’inculturation, à cette période encore très embryonnaire. Dans un contexte où
les premiers missionnaires avaient barré la route à la tradition, montrant que
Evangile et traditions ne peuvent faire chemin ensemble, quelle vision, plus
encore quelle démarche Baba Simon comme prêtre noir a-t-il entreprise dans ce
domaine ? Ces éléments ci-dessus évoqués, analysés, sous lesquels
s’infiltre l’annonce de la Bonne Nouvelle, nous permettront d’apprécier
l’apostolat qu’a mené Baba Simon parmi les Kirdi.
2.1.
Organisation de la mission
Simon, préoccupé
par l’organisation de son départ pour le Nord-Cameroun, dit au revoir à sa marraine
et à sa famille. C’est dire que Simon
sera un prêtre Fidei-Donum chez les Kirdi. Il sera d’abord accueilli à
Mayo-Ouldémé.
2.1.1. Arrivée à
Mayo-Ouldémé
L’annonce
officielle du départ de l’Abbé Simon Mpeké
pour le Nord fut faite le 07 décembre 1958. C’est précisément au matin du 03
février 1959 à 7 h 30 que de nombreux amis, membres de sa famille et du
clergé de Douala l’accompagnèrent à
l’aéroport où il devra s’envoler pour
Garoua. Accueilli par Mgr Yves Plumey,
il est envoyé chez les Petits Frères de Foucauld
à Mayo-Ouldémé en attendant qu’il puisse chercher un endroit propice et
favorable pour la fondation d’un nouveau poste missionnaire.
Chaleureusement accueilli par le Frère Jacques leGrand, il prit vite connaissance du terrain en parcourant
les marchés, prenant des contacts avec
les tribus Ouldémé et Mada. A partir de Mayo-Ouldémé, il sillonnait les
villages environnants, mangeant et dormant chez eux, célébrant la messe au
matin. Une préoccupation : évangéliser le peuple Mada. Il fît la connaissance
du docteur Maggi avec qui il
sympathise. Ayant une approche pastorale différente des Petits Frères, cela provoque de petites difficultés de
collaboration, entraînant la séparation et le partage du travail apostolique.
C’est fin 1959
que l’Abbé Simon Mpeke rejoint le docteur Maggi à Tokombéré. Il a tout de suite
essayé de mettre sur pied une école sous un hangar avec l’assentiment du chef
du village de Tala Laki. Ils
forment une bonne équipe constituée de Pascal Loé,
d’un ancien frère de la congrégation des Frères de St Joseph ; et plus
tard, des Sœurs Servantes de Marie de Douala dont Céline, Micheline et Elisabeth. Contre vents et marées, Baba
Simon se mit à organiser sa mission soutenue par son enthousiasme. Disposant de
peu de moyens et n’ayant pas l’appui concret d’anciens du milieu, il se bat
pour construire le presbytère et la maison des Sœurs. Au premier rang de son
apostolat, l’école est l’une de ses priorités. Il gagne peu à peu la confiance
de ces montagnards qui le reconnaîtront pour son cœur ouvert, sa générosité et
son dévouement ; sa sagesse et son autorité. Il reçoit peu le soutien de
l’administration coloniale. Il brave les incompréhensions du milieu, la
méfiance devant ce qui était étranger, supporte les vexations, les abus de
pouvoirs, les tracasseries, les injustices… Cependant, Dieu travaillait les
cœurs, la parole de Dieu faisait son chemin.
Au-delà de
l’immensité géographique, le pasteur est conscient de la diversité culturelle
de ses auditeurs, du milieu dans lequel il vit. Il se fait tout à tous, Mada
avec les Mada, Mouyang avec les Mouyang, Zoulgo avec les Zoulgo, Guemjek avec
les Guemjek, Mboko avec les Mboko, Moloko avec les Moloko… Baba Simon rejoint
chacun dans ce qu’il est sans craindre de parler aux heures les plus chaudes de
la journée. Pour garder les contacts avec les communautés fondées, il organise
des tournées pastorales de deux à trois jours. Pour faciliter ses
communications, il s’entoure de catéchistes, de traducteurs compétents et
zélés. Parcourant les villages à pied, son souci est de porter la bonne parole
là où elle n’a pas encore atteint les cœurs.
Baba Simon
n’hésite pas à faire recours et appelle les collaborateurs pour l’aider dans sa
charge. Le premier est le Dr Maggi.
Puis, suivront des Sœurs et de nombreux Prêtres parmi lesquels les abbés Paglan, Georges Mas, Jean-Marc Ela,
le Père Vincent QuarteNoud et
finalement l’Abbé Christian Aurenche,
de nombreux catéchistes, des maîtres d’école et des infirmiers. La bonne
entente, la collaboration, la compétence et le dévouement de ce personnel
permirent à la mission de
Tokombéré de grandir, de s’affermir en même temps sur le plan de la foi et de
la promotion humaine. N’est-ce pas là une des méthodes pouvant encore
aujourd’hui aider les prêtres de cette région du Nord-Cameroun à asseoir
l’Evangile ?
2.2. Rencontre avec la
culture Kirdi
Avant d’aborder l’aspect de la rencontre avec
la culture Kirdi, il convient de faire un flash-back sur la vision que Baba
Simon avait de la tradition et des coutumes.
2.2.1. Sa vision de la
tradition
Baba Simon est
né dans la culture M’poo, y a grandi avant d’être prêtre. Les coutumes et les
traditions marquent son milieu natal. Ayant du goût pour la recherche de la chose
traditionnelle - en témoignent de nombreux articles parus dans le Cameroun
Catholique -, Baba Simon est souvent catégoriquement opposé à certains
aspects qu’il considère abominables de la pratique traditionnelle. Il a
notamment dénoncé la dot source de nombreux péchés et semant le trouble dans
les foyers chrétiens. Il est également hostile à l’égard de certaines danses.
Influencé par la vision qu’ont les
premiers missionnaires des traditions africaines, Baba Simon percevait le son
des tam-tams et des tambours comme chose satanique et n’hésitait pas à aller
vite les casser. Dans son mémoire sur la région traditionnelle des Bakoko il
affirmait sans ambages : « Avouons pour notre humiliation et pour
la gloire de celui qui tire le pauvre du fumier, que nous avons personnellement
participé à cette vie religieuse indigène. »[19]
Il faut lire
dans de tels propos la conception négative de la tradition et des coutumes,
vision conçue et ancrée dans l’esprit des premiers prêtres formés par les
premiers missionnaires. Baba Simon demeurera-t-il hostile à la tradition et aux
coutumes ?
2.2.2.
Découverte-Etonnement-Approfondissement
Au départ,
rigoureusement contre les traditions, la découverte des traditions kirdi à sa
venue au Nord va l’amener à un étonnement, à un approfondissement et finalement
à un respect des valeurs traditionnelles. L’on note une nette évolution de sa
pensée qui passe de l’hostilité à l’admiration et à l’intégration des cultures.
Baba Simon prend conscience qu’à travers leur religion, les Kirdi adorent un
Dieu unique, proche, père. Il était tellement émerveillé qu’il trouvait sa
mission presque inutile :
« J’avais
vu qu’il n’avait pas besoin de moi. Que j’avais besoin d’être chrétien,
moi, pour trouver la route qui mène à Dieu, mais eux il l’avait trouvée. Ils
l’avaient trouvée dans leur système[…] J’avais trouvé ces gens menant une vie
qui était de nature à les unir à Dieu et je me disais que peut- être en
apportant d’autres idéologies on allait perturber leur système habituel d’union
à Dieu »[20].
Cette découverte
va ébranler sa foi au point de vouloir retourner au Sud. Néanmoins, après
réflexion, n’est-ce pas leur donner Jésus-Christ qui l’avait amené ? Voilà
la raison fondamentale qui l’a revigoré et l’a remis au travail.
Ainsi convaincu que la Bonne Nouvelle ne pouvait être
positivement accueillie que là où la culture du peuple est connue et prise en
compte, il s’engage fermement à approfondir la langue de ses ouailles, à les
écouter avec attention, à s’intéresser à leurs pratiques religieuses traditionnelles.
Intelligent,
Simon Mpéké entreprit des
réflexions et des recherches, des études sur les us et coutumes, les traditions
pour mieux comprendre et les expliquer, mettre en exergue les valeurs non -
contradictoires avec l’Evangile, signes pouvant véhiculer de façon pertinente
et crédible le message chrétien. Déjà, il avait rédigé son mémoire de fin de
cycle de théologie sur la religion des Bakoko[21].
Mgr Thomas Mongo n’hésitait pas à
le citer chaque fois que l’occasion lui était donnée, parlant des rapports
entre Dieu et l’homme dans les traditions africaines et chrétiennes. « En
Afrique noire, la connaissance de Dieu ne pose pas de problème majeur puisque
les religions traditionnelles en parlent, mais c’est la connaissance de
Jésus-Christ, son Fils qui leur échappait. »[22]
Il faut noter
l’évolution de la pensée mpékéenne au plan culturel. Dans un premier temps, sa
vision négative, diabolisante, le conduit au rejet pur et simple des
traditions. Cependant une prise de conscience, une recherche, une découverte le
conduisent à un approfondissement, à un respect et à une utilisation minutieuse
de la culture en laquelle il
voit une richesse immense, trésor incomparable au service de l’Evangile.
Le terme
« dialogue » exprime une réalité importante reconnue par l’Eglise
depuis le deuxième concile du Vatican notamment dans Nostra Aetate. Il
peut être compris de plusieurs façons : au niveau purement humain, il
signifie communication réciproque qui conduit à un but commun, à un niveau plus
profond, il est communication interpersonnelle. Le dialogue peut être pris
comme une attitude de respect et d’amitié qui pénètre ou devrait pénétrer
toutes les activités constituant la mission évangélisatrice de l’Eglise. On
parle en ce moment de « l’esprit de Dialogue. »[23]
Dans le présent
contexte du pluralisme religieux le terme signifie « Toutes les
relations inter-religieuses positives et constructives avec les individus et
les communautés faisant partie d’autres religions, qui visent à une entente
mutuelle et à un enrichissement réciproque obéissant à la vérité et respectant
la liberté. »[24]
Ce dialogue
inclut aussi bien le témoignage que l’exploration des convictions religieuses
respectives. Baba Simon qui débarque à Mayo-Ouldémé, puis s’installe à
Tokombéré s’est trouvé entouré de plusieurs religions : traditionnelle,
protestante, islamique.
Quels rapports
va-t-il entretenir avec elles ?
2.3.1. La religion
traditionnelle
L’Abbé Simon à
son arrivée en milieu Kirdi est tout de suite émerveillé par l’authenticité du
vécu de la foi traditionnelle des Kirdi, vécu qu’il juge sérieux et profond,
ponctué par des sacrifices, des fêtes dont l’officiant principal est un prêtre
de la montagne. Il va tomber en admiration devant leur culte. C’est dans ce
sens qu’il va dire du fond du cœur : « […] J’ai trouvé les Kirdi
aussi croyants que les juifs. Les Kirdi sont les seuls en Afrique qui ont la
notion la plus exacte de Dieu. Ils ont une morale très raffinée, qu’ils ont
adaptée bien à leurs mœurs. »[25]
Tellement le message évangélique qu’apportait l’Abbé Simon concordait avec les
croyances traditionnelles : croyance en un seul Dieu, l’adorant, le
reconnaissant comme proche de nous, comme un père, le priant, lui faisant des
sacrifices, lui demandant pardon, implorant sa grâce et sa protection.
Emerveillé fortement par cette conception il poursuit :
« […] Chez les Kirdi, Dieu n’est pas le
père de tous les hommes, mais Dieu est mon père [Jigla Gwala]. Ils ne disent
pas [Jigla effeno.] Mais [Jigla Didé.]. C’est le père de tous les hommes, mais
il est mon père comme un Père qui a plusieurs enfants[…]. Les Kirdi ont donc
une notion de Dieu comme Père et c’est quelque chose de formidable. »[26]
La découverte de
cette foi solide, convaincante, favorable à l’Evangile est un bon départ ;
seulement, Baba Simon était confronté à un problème de méfiance. En effet, ce
dernier habillé, et logé en plaine parmi les musulmans était soupçonné et
considéré comme complice de ceux-ci. Ne sera-t-il pas venu nous apprivoiser, nous
conquérir, et vaincre notre résistance au profit des musulmans ? Tel était
le souci, le doute de ces populations pourchassées et malmenées.
Avec la grâce de
Dieu et avec patience ils ont peu à peu compris qu’il n’en était pas question,
que l’Abbé Simon était un homme bon. Il va se rapprocher davantage des prêtres
traditionnels, avec lesquels vont se tisser des liens d’amitié forts et,
ensemble, ils échangeront des idées, partageront la vie. Sa manière de vivre
frappait tout le village. « Baba Simon participait aux cérémonies de
deuils, aux célébrations et aux fêtes de notre religion traditionnelle, mais
aussi il avait un art extraordinaire de prêcher la parole de Dieu. Et tout le
monde le suivait à la lettre. »[27]
Simon,
impressionné par la nette différence que font les Kirdi entre la fête de Dieu
et celle des ancêtres va dire : « Les Kirdi sont les seuls dans le
monde qui possèdent des fêtes uniquement pour Dieu sans mélange aux fêtes des
ancêtres. C’est [Ozom gé Jigla], c’est à dire la fête de Dieu. On boit la bière
aujourd’hui pour Dieu. »[28]
A cet effet, Baba Simon y passait toute la semaine et assistait à tous les
sacrifices. Il est bien vrai : Christianisme et Religion Traditionnelle
ont chacun son originalité et ses particularités ; mais le dialogue a
porté des fruits : collaboration, amitié, fraternité, entente, respect
mutuel. « Le respect de la foi ancestrale de son interlocuteur
s’enracine bien chez Baba Simon, pour reprendre Grégoire CADOR, dans un
regard positif sur l’autre, sur ce qu’il vit, sur ce qu’il croit. »[29].
Qu’en est-il des rapports catholicisme /protestantisme ?
2.3.2. La religion
protestante
Globalement à cette époque, l’on notait une lutte de
leadership, une sorte de concurrence entre catholicisme et protestantisme,
entre prêtres et pasteurs. Le souci de chacun est de se voir supérieur à
l’autre, d’occuper le plus d’espace, de recruter le plus grand nombre des
fidèles possibles. Dans un tel contexte de prosélytisme exacerbé, le climat
n’était pas bon entre les deux religions à tel point que même pendant la guerre
d’indépendance où il était difficile
d’accéder à une messe catholique, il fallait rester chez soi ou être
audacieux pour aller à la messe, car si le curé apprenait que vous aviez
assisté à un culte protestant, vous étiez immédiatement excommunié.
Simon Mpeké, africain devenu prêtre à cette
époque, aura une vision tout autre de la chose et va changer la mentalité.
C’est ce qui ressort du témoignage qui
suit :
« Or
lui ( Abbé Simon Mpeké) quand il est arrivé, il a dit « Ce n’est pas comme
ça ! C’est l’affaire des Européens avec leurs guerres des religions qu’ils
ont importées chez nous ! Pourquoi ? Alors que vous parlez d’un même
Dieu, que vous annoncez la même parole, pourquoi ne pas
s’entendre ? »[30]
Cette attitude
n’a pas toujours plu à ses supérieurs hiérarchiques qui n’ont pas manqué de lui
faire de vives reproches. Celui-ci ne baissait néanmoins pas les bras. Homme
pacifique, il accueillait aussi bien à l’école qu’à l’internat des enfants
catholiques et protestants. Sa bonne relation avec les protestants est allée
jusqu’au point où il a élevé chez lui certains de leurs enfants. Cette
ouverture lui a valu admiration et respect de la part des protestants. Ecoutons
plutôt le témoignage de ce chef du village de religion protestante :
« Le
père Simon Mpeke était prêtre de la paroisse catholique de Ngovayang, mais il
avait beaucoup de relation avec les protestants de la région. C’était un homme
d’évangélisation. Il cherchait à
nourrir tous les fidèles. Il avait des bonnes relations avec tous et nul
ne garde un mauvais souvenir de lui. Il était Bassa et les Bassa n’ont pas que
des qualités. Mais lui faisait l’exception. Son séjour ici a été celui d’un
homme de paix. Il était un bon rassembleur à tel point que, moi qui suis
protestant, je lui rends un bon témoignage. Je rends témoignage qu’il était
vraiment un homme de Dieu par son comportement, ses attitudes, sa façon d’agir
[…]. Nous ne pourrons en aucun jour l’oublier parce qu’il était un homme de
paix et de fraternité dans le Christ. » [31]
Installé depuis 1929, en milieu Kirdi, une trentaine d’années avant l’arrivée de l’Abbé Simon, le protestantisme avait déjà fait un bon bout de chemin. Habitué depuis le Sud à vivre pacifiquement et fraternellement avec les protestants, il continuera à construire des bonnes relations avec les protestants de Tokombéré. Convaincu du fait qu’ils font le même travail du Seigneur, il a souvent laissé les milieux où étaient déjà les protestants pour aller fonder ailleurs
2.3.3.
L’Islam
S’agissant
des relations entre catholiques et musulmans en général, il faut le relever
pour le dénoncer qu’
« au cours des siècles de nombreuses
dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les
musulmans, le concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer
sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir
ensemble pour tous les hommes la justice sociale, les valeurs morales, la paix
et la liberté » (N.A.3)
Dans cette
perspective, l’Eglise ne ménage aucun effort pour entretenir des rapports
fraternels avec les musulmans, les regardant avec beaucoup d’estime pour leur
foi en « Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout
puissant, créateur du Ciel et de la terre qui a parlé aux hommes » (N.A.3)
Baba Simon connaissait
parfaitement la position de l’Eglise Catholique envers l’Islam. N’ayant pas
connu beaucoup des musulmans au Sud, c’est au Nord, qu’il se trouvait noyé
parmi eux. D’abord une attitude de méfiance, ensuite il réussit à repérer
les musulmans zélés, bons, simples et sympathiques, et, d’autres qui
n’agissaient que pour leur intérêt. Au-delà de ces considérations, l’Abbé Simon
avait des bonnes relations avec eux. Lui-même le dit clairement dans cette
interview :
« Du côté des musulmans, nous étions bien tombés avec le chef TIKIREY qui est un homme extraordinaire, franc et sage. Avec lui non seulement nous n’avons jamais eu de palabre, mais nous avons toujours eu de bonnes relations qui s’améliorent de plus en plus jusqu’à notre vieillesse à tous deux et comme Tokombéré est dans son canton, je puis dire que je n’ai pas eu beaucoup des difficultés avec les musulmans.[32]
Il faut tout de même relever quelques griefs. Les musulmans n’ont pas
vu d’un bon œil les idées de liberté, d’égalité de justice, de fraternité, de
solidarité apportées par le christianisme. Ils n’ont pas facilement accepté les
écoles qu’implantait un peu partout Baba Simon parce que pour eux, elles
permettaient aux Kirdi d’ouvrir les yeux, de s’émanciper. Ils risquaient donc à
la longue de ne plus être manipulables. Ainsi, moins qu’un amour, ils
toléraient l’œuvre entreprise par le catholicisme. A son tour, Baba Simon ne
manquait pas de dénoncer leur hypocrisie, leur exploitation des pauvres. Il
n’hésitait pas à leur dire que les Kirdi que vous exploitez, que vous
pourchassez, que vous réduisez à de simples sujets sont vos propres frères.
Nous retenons
qu’au-delà des rapports parfois moins bons pour des raisons politiques ou de
terrain, il est resté fraternel et amical, ne cessant de leur rendre visite en
particulier à l’occasion des fêtes de fin de Ramadan et du mouton. En témoigne
TIKIREY chef de canton de Makalingaï,
musulman pratiquant :
« Chaque fois que j’allais à Tokombéré, je ne manquais pas de lui rendre visite à domicile. On prenait un café, un thé, un repas ensemble. Pendant les fêtes civiles et religieuses, il ne manquait jamais l’occasion de me souhaiter bonne fête, les mains toujours chargées. A mon tour, j’étais toujours présent pendant les fêtes chrétiennes pour partager notre joie d’enfant de Dieu…Baba Simon était pour moi un frère avant d’être un missionnaire… Dieu seul est capable de savoir comment continuer à développer ce noble idéal de fraternité humaine que nous a enseigné Baba Simon. Pour ma part j’implore sa puissance pour qu’il ouvre les yeux aux hommes sur sa vérité. »[33]
Baba Simon a
vécu avec les païens, les protestants et les musulmans sans difficultés
majeures. Il était persuadé que l’action missionnaire n’est pas une œuvre de
conquête mais simplement une présentation d’un message, l’humble et joyeux
partage d’une foi. L’accueil qu’elle sollicite n’a de prix que s’il est
librement consenti. Ainsi, loin de les combattre, Baba Simon a dialogué avec
les autres religions. Mgr Yves PLUMEY, va reconnaître en lui un père et un
apôtre de la région pour son sens développé d’ouverture, de fraternité, et sa
recherche permanente de la paix :
« Baba
Simon a été un trait d’union entre les musulmans et les Kirdi .Il
persuadait les musulmans d’accepter les Kirdi comme les enfants authentiques de
Dieu et apprenait aux Kirdi à aimer les musulmans comme leurs frères de sang.
Dieu, c’est l’unité, Baba Simon voulait être le carrefour où se rencontrent la
montagne et la plaine, où se rejoignent les civilisations et les religions pour
ouvrir aux hommes un avenir fraternel »[34].
Baba Simon a
cru, a vécu et a montré à tous qu’il peut y avoir une amitié vraie, une
affection profonde entre des êtres qui ne sont ni de la même religion, ni de la
même race, ni du même milieu.
2.4. La promotion humaine.
« Une
religion qui prétend avoir le souci des âmes mais qui se désintéresse d’une
situation économique et sociale qui peut les blesser, est une religion
spirituellement moribonde condamnée à disparaître. »[35]
Baba Simon est convaincu de la densité, du sérieux, de l’immense richesse
que comporte ces paroles. Au centre de sa préoccupation, il y a l’Homme,
l’Homme dans toutes ses dimensions : psychologique, psychique, physique,
en un mot l’homme dans son intégralité. Quelle qualité de vie mène-t-il ?
Que peut-on faire pour l’aider à améliorer ses conditions de vie ? Voilà les
défis constants qui préoccupent le missionnaire aux pieds-nus.
Devant le Kirdi
affamé, nu, ignorant, malade, abandonné, méprisé et brimé par ses voisins
musulmans, simplement miséreux, l’Abbé Simon ne pouvait rester
indifférent : le nourrir, le vêtir, le soigner… mieux encore lui ouvrir
l’esprit tout un programme résumé dans cette formule : « Si la
misère est l’ennemi de Dieu, l’ignorance est l’ennemi numéro un de
l’homme. »[36]
Il engage donc le combat sur plusieurs fronts dont l’éducation, la
santé, la justice et la paix restent des points centraux.
2.4.1. L’ Education
L’éducation est
selon le dictionnaire Larousse : « L’ensemble des aptitudes
intellectuelles et physiques, de bons usages, du savoir-faire, des acquisitions
morales de quelqu’un ». « Non scholae, sed vitam decimus »,
ce qui veut dire : nous n’étudions non pour l’école, mais pour la vie.
Cet adage latin va stimuler et orienter la vision de l’éducation de Baba Simon.
Il s’agit de former l’homme pour qu’il prenne en main son destin. Lui-même,
professionnel de l’enseignement, crée une école enracinée dans le milieu où les
valeurs culturelles locales sont respectées, où l’on apprend à conquérir la
liberté. Nous retenons de lui ces belles paroles dont la profondeur est
toujours d’actualité, paroles adressées à ses élèves :
« Vous
savez, on ne fait pas l’école pour avoir des avoir des résultats
extraordinaires, parce que l’école, c’est toute la vie. L’école est une clé,
une espèce de clé passe-partout. Moi je vous donne la clé passe-partout, alors
cette clé est à votre disposition [...] Vous pouvez la faire passer n’importe
où, même là où je n’ai pas indiqué. […] Une fois que je te donne ma clé
passe-partout, je ne suis plus là pour te dire : « passe par
là ». Et même, malheur à moi si je veux influencer, car tu ouvriras
nécessairement une autre porte… Au début, on dirige, mais une fois que vous
êtes modelés pour marcher vous-mêmes, l’instruction devient une clé passe-partout.
C’est à vous-même de juger pour vous et votre avenir, dans quelle porte vous
voulez entrer. Vous pouvez alors si vous avez quelque doute,
demander : « Dis donc, je veux passer par ici, vu mon passé, vu
ma personne, vu ma situation, qu’est-ce que vous pourriez me conseiller de
faire ? »[37]
Ce langage très imagé et redondant qu’utilise l’Abbé
Simon est le signe que lui-même possède une intelligence et un esprit aiguisés,
que l’éducation est un secteur qui lui tient à cœur. C’est aussi la
manifestation d’une formation où le candidat est appelé librement à choisir le
secteur de la vie dans lequel il voudrait s’orienter. Premier responsable de
l’école, il s’est battu pour sensibiliser les parents à la nécessité de
l’école, pour susciter le goût et l’intérêt de l’école chez les parents, les
attirant parfois avec les bonbons, du sucre, les encourageant, les stimulant,
prétendant qu’ils peuvent devenir un jour dirigeant de ce pays.
Bien que
fondateur de l’école, moniteur, fournisseur de matériels scolaires, de
vêtements, père nourricier de tous ces enfants, l’on voit qu’il ne s’est
attribué aucun privilège d’imposer à aucun d’eux d’être absolument ce qu’il
veut : médecin, prêtre, infirmier, policier, religieux…
Son souci
primordial réside dans l’encadrement à tous les niveaux de ses enfants et à
leur donner des conseils.
En effet, pour
lui, l’ignorance est la source de plusieurs maux qu’il faut combattre
énergiquement. Nous le voyons à l’œuvre dans la dotation des structures de
formation, mais aussi dans l’enseignement concret. Préoccupé par une formation
de qualité pour ces Kirdi jugés incapables d’étudier, il ne ménage aucun effort
pour confronter ses élèves aux épreuves des écoles publiques et privées d’Edéa.
Il essaie d’élaborer un système éducatif intéressant pour ses établissements
et, les résultats ne se font pas attendre. Dans tout le département du
Margui-Wandala[38] aux examens
officiels du Certificat d’Etudes Primaires Elémentaire (C.E.P.E.) et aux
concours d’entrée en sixième, beaucoup de ses élèves occupent les meilleurs
rangs.
Pour dissiper
toute idée selon laquelle les kirdi sont inaptes à la pensée, à la réflexion,
il répond après expérience :
« Je
crois que tous les montagnards sont intelligents même s’ils ne le sont pas tous
de la même manière. On ne peut pas dire qu’un montagnard placé dans les mêmes
conditions que n’importe quel camerounais ne peut pas faire ses études. Un
montagnard peut faire ses études jusqu’au doctorat, jusqu’à l’agrégation, pas
tous absolument, mais ils sont capables de faire comme tout le monde. »[39]
Décidé à faire
de ses établissements des écoles de référence où le niveau des élèves est
élevé, il n’a cessé de faire
« L’impossible
pour donner une instruction de base valable. Je n’ai pas ouvert un cours présenté à Tokombéré sans
avoir demandé les compositions du Sud. Par exemple, pour faire passer les
enfants de Tokombéré au CE2, j’avais demandé des épreuves du CE2 des gars de la
Mission d’Edéa. Pour faire passer les enfants au CMI, j’ai demandé les épreuves
aux moniteurs de l’ancienne Mission de Monseigneur De Bernon. On m’avait dit que c’était une école forte. J’ai
fait la même chose avec les CM2. J’ai fait tout cela parce que je ne voulais
pas avoir à Tokombéré un cours qui ne soit pas de la force de toutes les écoles
du Cameroun. » [40]
Il apparaît donc
que c’est avec zèle, compétence et dévouement que Simon Mpeké a cherché à développer les
capacités humaines et intellectuelles des jeunes Kirdi, éducation basée sur un
changement du cœur, sur l’identification des maux qui minent le milieu ; éducation
qui favorise une nouvelle manière totalement humaine de vivre dans la justice,
l’amour et la simplicité ; éducation qui a éveillé la faculté critique
débouchant sur une sérieuse réflexion sur la société, sur les valeurs en
rendant prêt à les abandonner quand elles cessent de favoriser la justice pour
tous les hommes.
Il est clair que
les jeunes sont une part vivante et active de l’Eglise. Ils sont au centre de
ses préoccupations et de son amour. Ils sont l’espérance. Convaincu que la
jeunesse est elle-même une richesse et que les jeunes influent de manière
décisive sur la construction de la société, une attention préférentielle leur
était accordée afin que soient formés des hommes et des femmes d’une forte
personnalité humaine et chrétienne.
Sachant la place centrale, unique et indéniable de la pastorale des
vocations, et sûr que l’Esprit Saint
continue de distribuer avec grande libéralité le charisme des vocations
particulières et que le Christ continue à appeler des jeunes parce qu’il les
aime, Baba Simon a pris volontiers à cœur l’accompagnement des jeunes pendant
la période délicate et décisive d’une recherche vocationnelle. Ainsi, quand un
jeune manifeste une réelle maturité dans sa vie chrétienne et se montre
sensible à la possibilité d’une vocation au sacerdoce, à la vie consacrée ou à
l’engagement missionnaire, il l’encourage et le soutient spirituellement et
matériellement. Bien que le fruit du travail abattu sur ce plan n’ait pas
été visible ou mieux bien que la promesse des fleurs n’ait pas donné de fruits
en son temps, l’on retiendra tout de même que Baba Simon a été un promoteur des
vocations.
Par ailleurs,
l’éducation et la formation des adultes n’étaient pas de reste. C’est ainsi
qu’avec les catéchistes, il a commencé à leur expliquer petit à petit
l’Evangile. A partir des proverbes, des contes, des légendes et des paraboles,
il leur faisait comprendre les Ecritures. Il ne cessait de les réunir pour leur
donner des pistes de réflexion sur les textes liturgiques du dimanche et leur apprenait les techniques pour
prêcher et pour faire une bonne catéchèse.
S’agissant
précisément de la catéchèse préparant les catéchumènes aux différentes étapes
de la vie chrétienne, aux sacrements, trois ans de préparation intense
renforcés par trois sessions de trois jours à chaque triduum pascal, animées
par l’Abbé Simon lui-même étaient prévus. Au programme de cette période
l’acquisition des connaissances sur l’Ancien Testament, la vie de Jésus, les
sacrements.
Pour garder la
flamme du Christ allumée dans le cœur des baptisés, le suivi de ceux-ci était
important. Avec l’aide de ses collaborateurs dont l’Abbé Jean-Marc ELA et de
nombreux catéchistes, ils essayent de former des communautés ecclésiales
vivantes, de régler les problèmes des couples chrétiens…
La formation à la vie relationnelle, l’éveil des consciences
aux questions cruciales de justice et de paix, à l’éducation et aux soins des
enfants… constituaient des éventuelles ouvertures dans cet apprentissage et
cette familiarisation avec la Bonne Nouvelle. La santé physique n’était pas de
reste dans son combat.
2.4.2. La santé
La santé est
l’état de celui dont l’organisme fonctionne normalement en absence de maladie.
C’est aussi, selon l’organisation mondiale de la santé (OMS) un état
d’équilibre et de bien-être physique, psychique et social. Docteur Maggi, fondateur de l’actuel hôpital de
Tokombéré et Baba Simon connaissent la nécessité d’être en santé et se
préoccupent de l’améliorer chez les Kirdi. Ils commencèrent par l’hygiène
élémentaire, la propreté. C’est dans ce sens que Baba Simon affirmait : « Jésus-Christ,
ici, c’est l’eau propre. Dieu n’a pas créé l’eau sale. C’est l’homme qui l’a
laissé se souiller. Le travail du salut des hommes consiste à rendre l’eau
propre. Lorsqu’elle sera propre, l’homme sera en meilleure santé et il sera
ainsi davantage à l’image de Dieu »[41].
Voilà une idée géniale, extraordinaire : redonner à l’homme une figure
telle que Dieu l’a créé à son image. L’Abbé Simon ne cessait de faire des tours
à l’hôpital, visitant l’un, lui apportant le viatique, lui administrant
l’onction des malades ; donnant à l’autre la viande, payant l’ordonnance
aux plus défavorisés, aux plus pauvres. Brimés, complexés et mal accueillis
dans les hôpitaux officiels, c’est à l’hôpital de Tokombéré que les Kirdi se
sentaient bien à l’aise, car au-delà des médicaments, des soins appropriés, il
y a aussi l’accueil chaleureux et fraternel, l’affection, le respect des
patients.
Convaincus que le travail à la base est à prendre au sérieux
pour résoudre les problèmes de santé à la racine, Simon Mpeké et Docteur Maggi ne cessaient de parcourir les
villages, les montagnes et les plaines pour la sensibilisation sur la nécessité
d’être en santé. Soucieux de l’insuffisance et du manque drastique de personnel, ils n’hésitent pas à
crier vers les autres, à faire appel aux personnes compétentes ; c’est le
cas par exemple des demoiselles de la congrégation de Jésus Réparateur de Lyon
(France) spécialisées dans le domaine de la santé. Ces dernières se sont données
à fond, corps et âme, nuit et jour à soigner avec enthousiasme et dévouement,
apportant secours et réconfort de tout ordre aux malades.
En 1958, une
épidémie de variole ravage et décime les populations Kirdi. Maladie contagieuse
et délicate, Docteur Maggi a interdit
strictement à l’Abbé Simon de s’en
mêler. Contre toute attente et conscient pourtant de ce danger, il s’est engagé
résolument auprès de varioleux. C’est véritablement à notre avis, le signe
d’une solidarité réelle, même si aujourd’hui on dirait plus qu’une têtutesse,
c’est une stupidité sans pareille. Il a vécu effectivement et concrètement ce
que relève le sociologue et historien Joseph KI-ZERBO lorsqu’il affirme : « Vous
savez qu’en Afrique, il n’y a pas d’orphelins, il n’y a pas de contagieux, même
quand il s’agit des maladies contagieuses, les malades vivent avec les autres
membres de la famille. »[42]
L’on comprend
cet homme unique en son genre, pluridimensionnel dans ses efforts et actions de
toutes sortes entrepris pour que le Kirdi soit sain. Dans ses homélies, ses
visites pastorales, il n’a cessé de rappeler la responsabilité de chacun vis à
vis de ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme : aux
professionnels de la santé, aux malades eux-mêmes et à leur famille, aux
communautés chrétiennes, les invitant tous à témoigner des valeurs évangéliques
d’écoute, d’affection, de solidarité ; du sens de la souffrance et de la
mort, de la vie donnée par Jésus-Christ. Baba Simon demeure à jamais dans les
esprits des Kirdi d’hier et d’aujourd’hui un homme qui, aux côtés du Docteur Maggi s’est battu pour l’amélioration de
la santé toujours précaire dans cette région du Nord-Cameroun.
2.4.3. La justice et la paix
« Dieu tient agréable à ses yeux, quiconque le
craint et pratique la justice. »(Ac10,35). Aussi, l’évangéliste Saint
Matthieu nous signale qu’heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils
de Dieu (Mt5,9). Fort de ces paroles de Notre Seigneur Jésus, et voyant
le Kirdi dans une situation d’injustice criarde, injustice mise en place, mieux,
institutionnalisée par les musulmans pour mieux exploiter, voler, torturer,
l’homme Kirdi. L’abbé Simon se
fera le premier artisan de justice et de paix au sein de ce peuple méprisé. Il
encourage ses fidèles à être eux-mêmes d’abord justes, à être des véritables
bâtisseurs de paix.
Si nous
remontons à l’origine deTokombéré, il est à noter que son ancien nom était en
Zulgo : « Kudumbar » qui signifie « lieu de combat ».
En effet, c’est un lieu où les peuples montagnards Mada, Zoulgo, Guemjek,
venaient régler des comptes en se faisant la bagarre. Baba Simon s’est activité
à pacifier le milieu, appelant chaque homme, païen, musulman, chrétien, Mada ,
Zoulgo, Guemjek… à aimer son prochain, à se réconcilier. Il fera le premier
pas, au lendemain de Pâques, en acceptant bien que chrétien, la cérémonie
traditionnelle de réconciliation prescrite par le grand prêtre de la montagne,
suite à la percée du toit de l’église par un jeune.
L’amour, la
quête de la justice et de la paix par l’Abbé Mpeké
est aussi clairement manifesté lorsqu’il s’est levé énergiquement contre le
prix exorbitant de la dot au Sud-Cameroun. Il a interpellé les beaux-pères à ne
pas exploiter leurs beaux-fils, à ne finalement pas vendre leurs filles ;
mais à percevoir symboliquement la dot et, pourquoi pas, au besoin, fournir une
dot à leur fille qui se marie. Il dira à ce sujet : « Il existe
[…] en Afrique et en particulier au Cameroun deux coutumes de dot dont l’une,
la bonne, nous rattache à la saine tradition chrétienne. Rejetons simplement la
forme commerciale de la dot, source d’abus, de palabres et de péchés. »[43]
Accusé par le Préfet de Mora d’inciter les
populations à la fabrication du bil-bil (bière de mil), de s’opposer à l’effort
de gouvernement de vêtir les Kirdi nus, d’avoir ouvert sans autorisation une
section ménagère où les filles sont obligées de devenir chrétiennes et
interdites au mariage avec les musulmans, l’Abbé Simon Mpeké, homme de justice, de vérité et de paix, va adresser une
lettre à Monsieur le Préfet dans laquelle, il lui fait remarquer dans un ton
respectueux que les accusations formulées à son encontre le font beaucoup
souffrir ; et par la même occasion, il lui donne des explications selon
lesquelles les griefs portés contre sa personne sont purement et simplement mensongers.
Malgré le choc produit dans son for interne, on aurait voulu voir Baba Simon
réagir énergiquement et violemment ; mais au contraire, la finale de son
courrier nous fait découvrir plutôt sa grandeur d’âme : « […] je
l’ai fait d’autant plus facilement que je connais, Monsieur le préfet, votre grand amour de la vérité. Veuillez
agréer Monsieur le préfet, l’expression de mon profond respect »[44].
Lancé dans un travail d’éveil de conscience des Kirdi, les autorités
musulmanes de l’époque voyaient en Baba Simon un danger pour elles et ont
cherché à vite l’étouffer de peur que les Kirdi découvrent les exactions et les
injustices qu’entretenait l’Etat à travers ses représentants. Devant les
persécutions des chrétiens, Simon n’a ménagé aucun effort pour que soient
rétablis la justice et le droit. Il a vigoureusement dénoncé les abus de
pouvoirs, mais toujours dans le respect de chacun.
2.5. L’inculturation
Terme assez récent, le mot « inculturation »[45] est pourtant une réalité qui, tout au début
de l’évangélisation missionnaire, s’est imposé comme sa composante essentielle,
voire fondamentale. Néologisme, l’inculturation peut être comprise comme « une
intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration
dans le christianisme et l’enracinement du christianisme dans les diverses
cultures humaines » (R.M.52 ; cf. G.S.58)
Avant d’aborder l’œuvre de Baba Simon dans le domaine de l’inculturation, nous trouvons important de rappeler brièvement le contexte socio-culturel dans lequel il a grandi. En effet, comme nous l’avons souligné ci-dessus, Simon a été marqué dès son enfance par les coutumes et les traditions M’poo de son milieu. Mais, catéchumène, puis baptisé, très vite, il va se ranger du côté de la vision des premiers missionnaires, selon laquelle tout ce qui est tradition, coutumes est diabolique et satanique. C’est dans ce sens qu’il va souvent casser les tam-tams, chasser les danseurs…
Curieusement, à son arrivée au Nord-Cameroun, il est
rapidement émerveillé par l’organisation de la société traditionnelle Kirdi,
avec ses danses, ses cultes, ses sacrifices, ses grandes fêtes, ses
funérailles, ses grands prêtres de la montagne, etc. Devant une telle
association d’idées, Baba Simon va-t-il devenir un hybride culturel ?
Quelles attitudes va-t-il adopter ?
2.5.1 Une démarche lente
d’inculturation
Bien que
passionné et émerveillé par la culture et la tradition Kirdi, et parce
qu’imbibé d’un esprit classique hérité, acquis de sa formation du séminaire,
Baba Simon ne va pas tout de suite se précipiter, se jeter à l’eau dans le
mélange, ou mieux le syncrétisme religion traditionnelle-christianisme. C’est
dans cette optique qu’en matière de liturgie par exemple il déclare :
« Quand les gens d’ici auront leurs prêtres, alors, ils pourront traduire
authentiquement leurs gestes dans la liturgie chrétienne. Pour moi, ce serait
une contrefaçon »[46].
L’on perçoit clairement qu’il n’avait pas une réelle volonté d’innover en tant
qu’allogène, convaincu que l’inculturation est un domaine délicat et par
conséquent doit être le fruit d’une bonne, longue et sérieuse réflexion, d’une
étude menée en principe et de préférence par les prêtres autochtones, parce que
maîtrisant à fond les aspects de leur propre culture. L’inculturation ne doit
pas se limiter aux gestes, aux rites, aux danses, aux chants… mais doit être
une nouvelle manière de porter à la perfection une réalité culturelle donnée
par le ferment qu’est la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Il s’agit de
reconnaître que le Christ nous parle, d’en prendre conscience, de savoir que sa
Parole transforme la vie des hommes de tout les temps et de tous les pays.
L’Abbé Simon va tout de même apprécier et utiliser quelques gestes
significatifs puisés de la tradition et pouvant aider les chrétiens à se mettre
en contact avec Dieu.
2.5.2. Quelques gestes
symboliques forts d’inculturation
Au-delà de la
réticence de Baba Simon à se lancer dans l’inculturation, il va accomplir des
gestes et faits importants dans le domaine de la liturgie. Bien qu’auparavant
il était émerveillé et intéressé par les recherches faites par le révérend père
BOISSEAU Jean en liturgie. Encouragé par les réformes apportées par le deuxième
concile œcuménique du Vatican, Baba Simon se servira des objets rituels
traditionnels tels que la calebasse, les paniers, l’autel en pierre, la jarre
de terre cuite pour la célébration de l’Eucharistie[47].
Petit à petit, il va passer à la vitesse supérieure en osant à cette période si
délicate de célébrer la messe en utilisant de la bière de mil. C’est ce que notent
Dinechin Blandine. et Tabart Yves :
« Lors
d’une fête annuelle à Dieu le Très-Haut, à laquelle Baba Simon était invité à
participer, toutes les familles avaient apporté de la bière de mil en
abondance. Voyant cela, il a dit : je ne peux tout de même pas aller
chercher encore le vin des blancs ; il a fait venir pour la célébration
des jarres de terre qui contenaient des litres de bière de mil. »[48]
L’autre geste
symbolique posé par Baba Simon est la fixation au fronton de l’église qu’il a
construite d’une pierre, d’une stèle. Selon la tradition, elle signifie la
présence de Dieu protecteur, qui chasse les mauvais esprits. C’est une arme
contre les sorciers placée dans la main de Dieu. Cette pierre est jusqu’à nos
jours le signe du lien qui existe entre le sacrifice traditionnel et celui de
Jésus.
Le troisième
geste d’inculturation est celui lié à la mort du jeune MADVA, élevé et envoyé
au collège de Mazenod par Simon. Au retour en vacances survient un accident au
cours duquel plusieurs jeunes dont « l’enfant de Baba » perdent la
vie. L’annonce de cette mort tragique provoque un mécontentement des gens de la
montagne qui, tout de suite envahissent la mission, armés de boucliers, de
lances et des flèches. Ils saccagent non seulement la cuisine et le presbytère,
pire encore certains jeunes ont le toupet d’aller percer le plafond de l’église
à coup de lance ; lance restée coincée dans le plafond. Les adultes
alertés de ce mauvais comportement se sont mobilisés pour demander pardon au
curé, qui n’hésite pas à le leur accorder, excepté le péché qui porte atteinte
directement au Bon Dieu en profanant sa maison. Dans la mesure où ils n’étaient
pas chrétiens, le curé se trouvait embarrassé par une telle affaire. Il a fallu
l’intervention du grand prêtre NgLissa
pour qu’ils parviennent à un compromis. Ecoutons Baba Simon relater le geste
traditionnel de réconciliation proposé par ce grand prêtre auquel il a accepté
et a pris part :
« Ils
sont allés chercher le grand prêtre. Il est venu le lendemain et m’a dit :
« j’ai compris ce qu’on m’a dit. Je vois que cette affaire est assez grave, il faut la réparer avec un mouton
pur. Quelque chose d’absolument digne de Dieu, parce que c’est contre Dieu
qu’ils ont fait ça » […] Ils ont fait le sacrifice. A côté de l’église,
tout près de l’église. Ils sont même allés mettre du sang sur les pierres du
mur de l’église. J’étais présent. Ils m’ont fait manger des morceaux de viande
du sacrifice ; un morceau de l’estomac cru, sans être lavé
évidemment ! çà a marqué. Et ce que
je sais, c’est que le clan, la famille qui avait perdu cet enfant dont les deux frères
étaient venus, et dont un avait envoyé la lance, maintenant, ils viennent à la
mission beaucoup plus qu’auparavant. »[49]
L’on comprend en
définitive que malgré l’intérêt qu’il porte aux coutumes, il n’aimait pas trop
que les missionnaires les intègrent rapidement dans les liturgies. Cela ne l’a
pas néanmoins empêché d’accepter et de faire des gestes significatifs, aussi
bien sur le plan liturgique que sur le plan de la vie chrétienne « pour
que la Parole de Jésus retentisse au cœur des traditions locales. »[50]
Au terme de ce chapitre consacré à la vie missionnaire de Baba Simon, l’on retient que la mission d’annoncer l’Evangile est d’avoir foi soi-même en cette mission. L’efficacité de la Parole de Dieu se trouve en elle-même. Dans un milieu païen comme celui de Tokombéré à l’époque, au-delà du partage de la Parole de Dieu lors de la catéchèse, dans les homélies, l’amitié manifestée, l’écoute, l’intérêt porté à leurs coutumes, à leurs langues méprisées par les autres, les services de promotion humaine intégrale rendus dans les divers domaines de l’éducation, de la santé, de la justice et paix, de l’eau… sont autant de manières humbles mais efficaces de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Parmi de nombreuses foules attirées par ces œuvres et non d’abord par le message évangélique, le Seigneur élit ceux qu’il voulait. Baba Simon dira :
« C’est
ainsi que nous travaillons sans nous soucier du résultat jusqu’au baptême où
alors chacun prend personnellement l’engagement pour la vie nouvelle, où chacun
coupera le chien en deux avec Dieu et non avec nous simples messagers[51]. Ce qui veut dire que ce n’est pas nous la
fin mais Dieu, Dieu seul, rien que Dieu »[52]
Cette vie missionnaire de Baba Simon, marquée par une œuvre si titanesque dans plusieurs domaines ne peut se faire sans un sous-bassement solide. Alors, d’où tire-t-il ses énergies pour un apostolat efficace ?
CHAPITRE III
SOURCES
ET FONDEMENTS
DE
LA VIE MISSIONNAIRE DE BABA SIMON
La vie et l’œuvre qu’a menées Baba Simon sont sous-tendues par une force intérieure. Il s’abreuvait à des sources inépuisables pour en donner le contenu aux hommes et aux femmes à lui confiés. D’où tire t-il cette énergie pour répondre à l’appel du Seigneur, affronter des difficultés de la vie au séminaire, s’engager dans une aventure missionnaire au Nord-Cameroun ? De quoi a-t-il moulé son être pour une vie intérieure si profonde qui transparaissait au dehors dans sa relation avec Dieu et avec les autres, dans son zèle missionnaire sans pareil ? Il s’agit de voir là le roc, le socle sur lequel Baba Simon a bâti sa vie de témoin véritable du Christ.
3.1. Simplicité de vie
Elle a été marquée par une humilité, par un renoncement à soi-même tel que le Christ l’a recommandé à ses disciples et par une considération élevée de l’homme parce qu’image et visage du Christ.
3.1.1. Humilité et renoncement à soi
L’humilité est une attitude de vérité à l’égard de Dieu, des autres et de soi-même. C’est un retentissement dans le cœur de Baba Simon de l’émerveillement devant le Dieu de sainteté, d’amour, d’un regard positif posé sur les autres.
Il faut noter que la façon de vivre du prêtre est tout aussi importante que tout ce qu’il fait en tant que prêtre. Mais attention, « ma façon de vivre » n’est pas le programme d’une réalisation de soi, mais « avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga2,10). Ces paroles de saint Paul ont aidé l’Abbé Simon Mpeké à bâtir une relation à lui-même très simple, humble, dépouillée. Il était convaincu qu’être prêtre, être chrétien tout court, c’est exister pour les autres. Se faisant tout à tous, il n’a pas sauvegardé sa dignité religieuse et n’a pas dressé une barrière entre le monde laïc et lui, entre riches et pauvres, entre chrétiens et musulmans… A l’exemple de Jésus, en toute humilité, il s’est noyé sans peur dans la masse humaine, pénétrant profondément et sanctifiant le milieu par une conformité de vie à l’idéal évangélique, par l’amour, l’amitié, une vie totalement donnée, livrée comme celle de Jésus au service de tous, par une vie tellement mêlée à tous, au point qu’il est arrivé à faire « un » avec tous, étant au milieu des Kirdi comme un levain qui se perd dans la pâte pour la faire lever.
Pour Baba Simon, le désir de la gloire de Dieu va de pair avec celui d’annoncer l’Evangile, avec humilité, trame invisible de toute vie missionnaire. En effet, chercher la gloire de Dieu, c’est nous reconnaître tout-petits devant son mystère. Comment nous croire grands alors que nous annonçons quelqu’un dont l’immensité de l’amour nous dépasse et nous déborde de toute part ? L’humilité apparaît ainsi dans la vie de Baba Simon comme le vide de soi-même, qui seul peut laisser dévoiler quelque chose du mystère infini de Dieu.
Vivant dans un dénuement total, détaché volontairement de tout ce qui, en soi ou hors de soi, limite la liberté dans sa recherche de Dieu et le service d’autrui, dans une harmonie entre foi et comportement, Baba Simon a renoncé à lui-même. Sans habits de luxe, sans sandales aux pieds, sans argent, mangeant peu et pauvrement…, il a respecté là les consignes données par le Christ aux apôtres lors de leur envoi en mission : « ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n’ayez pas non plus chacun deux tuniques » (Lc9,3), car dit-il, « si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’ils se charge de sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Lc 9,23). Don de soi, offrande continuelle de sa vie, le tout vécu dans une charité fraternelle au quotidien, n’est-ce pas l’invite du Christ pour chaque missionnaire ?
3.1.2. Reconnaissance du visage du Christ en tout
homme
L’homme est
au centre des préoccupations de l’Abbé Simon. C’est à l’homme que Dieu parle.
Une certitude : Dieu s’est incarné dans l’homme et par ce fait celui-ci
doit être l’objet de tous les soins. Cette grandeur de la vision de l’homme va
l’amener à débuter l’évangélisation non par des énoncés dogmatiques, mais par
une série de petites questions : « Votre vie, c’est quoi pour
vous ? Qui êtes-vous ? Où voulez-vous aller ? Qu’est-ce qui vous
empêche d’avancer, de grandir ? Qu’est ce qui vous empêche de
vivre ? »[53]
A travers la Parole de Dieu, les œuvres de développement, Baba Simon a cherché à donner la vie à l’homme créé à la ressemblance et à l’image de Dieu. Il avait de la passion pour l’homme. Cette vision de l’homme s’origine dans celle de Jésus portée sur les hommes, en particulier les faibles, les malades, les abandonnés, les affamés…
S’il s’est préoccupé de l’hygiène élémentaire, de la propreté de l’eau, en un mot de la santé,
« C’est qu’aujourd’hui plus qu’hier, la santé est
l’un des lieux privilégiés de la révélation de Jésus-Christ aux hommes. Dieu
n’aime ni la pauvreté, ni la maladie. Il ne veut pas que l’homme soit délabré,
blessé. Il se manifeste là où des hommes travaillent afin que la vie
réussisse. »[54]
Plein de respect pour tout
homme qu’il rencontrait, il était sûr que Dieu habitait en chacun. Au contact
avec le peuple, il n’a cessé de mettre à profit les rencontres pour annoncer le
Christ comme unique sauveur de toute l’humanité. A l’exemple du Christ qui
n’avait pas peur de rencontrer individuellement des personnes, Nicodème,
Zachée, la Samaritaine… Baba Simon a développé le contact de personne à
personne. Il était toujours prêt à guider, à conseiller les personnes dans la
voie de l’Evangile, à les affermir dans leurs efforts, à les relever si elles
sont tombées, à les assimiler toujours avec discernement et disponibilité.
C’est ce que témoigne Jean-Marie ADAMOU, premier chrétien de la mission
catholique de Tokombéré : « Sa force réside dans son ouverture et
sa disponibilité sans frontière tribale ou idéologique. Il ne s’occupe que de
Dieu. Son souci est d’améliorer la condition humaine des Kirdi dans la
compréhension. »[55]
Pour lui, tous les hommes incarnent Dieu. Ils sont fondamentalement un puisqu’ils participent à cette essence divine. Ils sont identiques et non pas tout simplement égaux. L’amour dans son sens le plus général, reste alors la forme de la relation la plus haute. Amour ici signifie se préoccuper des autres.
Epris de dignité humaine, il
n’a jamais pu supporter que l’on puisse y porter atteinte. Il a toujours voulu
améliorer le sort des intouchables, des rejetés, considérés comme les parias de
la société, ceux auxquels les tâches les plus abjectes sont confiées.
L’on comprend que la simplicité de vie, option préférentielle faite par Baba Simon est manifestée dans son humilité, son renoncement à lui-même, son détachement des biens terrestres, son accueil et sa disponibilité pour tous. Cette simplicité de vie a été l’un des éléments importants qui favorise son succès missionnaire. La charité n’est pas de reste.
3.2. Œuvres de charité
La charité est cette « vertu théologale, par laquelle, nous aimons Dieu par dessus toute chose pour lui-même et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu » (C.E.C.1822). Les œuvres de charité sont d’autres sources qui ont permis à Baba Simon d’évangéliser en profondeur par des signes concrets.
3.2.1. L’option évangélique préférentielle pour les
pauvres
Le pauvre est « celui qui, de façon permanente ou temporaire, se trouve dans une situation de faiblesse, de dépendance, d’humiliation, caractérisée par la privation des moyens de puissance et de considération sociale […] vivant au jour le jour, il n’a aucune chance de se relever sans l’aide d’autrui. » [56]
Il s’agit dans cette définition, des frustrés, des laissés-pour compte, des marginaux, des asociaux. Débarqué en milieu Kirdi, essentiellement pauvre, Baba Simon s’est engagé concrètement, à la mesure de sa sensibilité et de sa sincérité. La pratique de cet amour pour les pauvres s’est manifestée d’abord en lui-même, apparaissant comme tel, ne possédant que le strict nécessaire et réalisant sa mission pastorale avec des ressources modestes. Ce qui reste significatif et efficace, c’est le don de son temps pour accueillir, écouter, connaître ces pauvres. Prenant parti pour eux face à l’exploitation musulmane, il a travaillé avec les Kirdi et pas seulement pour les Kirdi. Il les a aidés pour qu’ils se mettent eux-mêmes à l’avant-garde de leur promotion, à s’organiser, à entreprendre leur libération, libération encouragée et poursuivie par les successeurs et dont les résultats se font voir aujourd’hui.
Baba Simon n’a pas hésité à interpeller « les riches musulmans » sur la situation des pauvres qui sont aussi fils de Dieu et leurs frères. Tout en luttant contre la misère qui est indigne des enfants de Dieu, il a préservé la vertu de pauvreté telle que : la sobriété, la simplicité, l’austérité. Il s’agit de parvenir à des nouvelles formes de convivialité sociale, dans la justice et la liberté, d’arriver à l’obtention de conditions de vie dignes pour tous. Contre vents et marées, il s’est confronté à la résistance, voire à la persécution des riches musulmans qui voyaient en lui un leader venu supprimer leurs avantages de toujours.
Convaincu que les pauvres sont les préférés de Dieu et que Jésus leur accorde un amour préférentiel, il a donné de son temps, l’hospitalité du cœur, c’est-à-dire un accueil fraternel des pauvres tels qu’ils pouvaient se sentir chez eux, dans son cœur. Baba Simon s’est non seulement identifié avec les pauvres mais aussi les a respectés et aimés avec tendresse pour qu’ils retrouvent leur dignité. Il s’est dépouillé pour se livrer entièrement dans l’Eucharistie.
Il faut le relever, la pauvreté en milieu Kirdi a focalisé toute l’attention de Baba Simon et a été son champ pastoral privilégié. Les pauvres ont le plus bénéficié de sa faveur, de sa compassion, de sa miséricorde. Il les a secourus au plan spirituel, humain, moral, matériel. Malades, vieillards, veuves, orphelins… trouvaient en lui un refuge. Sa force vient du fait qu’il avait compris que les pauvres qui frappent à sa porte ou vers qui il va, attendent d’abord de lui, tout simplement d’être aimé et qu’ensuite, tout ce qui leur est donné leur soit donné par amour de leur personne toute entière. Il a aussi compris que c’est un danger de donner d’abord des biens, de nourrir l’estomac sans que soit nouée une amitié. On n’accueille pas des pauvres, des malades, des handicapés, mais des « personnes ». S’il n’est pas facile de faire découvrir à celui qui souffre, qui est exclu, compté pour rien qu’il est en fait le préféré du Seigneur, Baba Simon l’a réussi par sa présence, le don de son temps, son amour ; en un mot, il est devenu « pain » pour ses frères et sœurs pauvres.
3.2.2. Partage : cœur et main ouverts
« Tous
ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble et ils mettaient tout en
commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens pour en partager le
prix entre tous selon les besoins de chacun » (Ac2,44-45). Cet idéal
de vie de la première communauté chrétienne est un exemple de communion et de
partage fraternel, invitant à la dépendance mutuelle entre les hommes, à un
sentiment qui les pousse à s’accorder une aide mutuelle. C’était un besoin pressant non seulement à l’époque de Baba Simon,
mais plus encore aujourd’hui où monte l’égoïsme exacerbé. Les premiers
chrétiens prirent tellement l’appel communautaire au sérieux qu’ils
partageaient leurs biens, s’appelèrent frères et sœurs, se demandèrent
mutuellement pardon et vécurent en s’entraidant au point que l’on pouvait dire « Voyez
comme ils s’aiment ». Ils priaient l’Esprit-saint pour demander la
force du partage communautaire. Précédant le concile Vatican II qui stipule
que : « l’homme dans l’usage
qu’il fait des biens , ne doit jamais tenir les choses qu’il possède
légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme
communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais
aussi aux autres. » (G.S.69)
Baba Simon a cultivé en lui et en chacune des personnes le devoir de solidarité et de partage. Homme au cœur et à la main ouverte, il partageait tout sans rien garder pour lui-même. Homme d’ascèse et de mortification, il s’est souvent privé de son repas, ou d’un morceau de viande pour l’amour d’un malade. « Plus je donne, plus je reçois, je ne manque de rien », disait-il. Il a demandé des pagnes, des culottes, des chemises, de l’argent, des cahiers à ses amis camerounais ou européens et les a toujours utilisés pour les enfants de son internat, pour les populations nues, pour les malades. Alors que tout voyageur avait droit à 20 kg, il avait souvent 120 kg quand il revenait du Sud, mais on l’acceptait car « Tout le monde était content parce que c’était pour les Kirdi »[57]. Baba Simon s’est privé de tout et a consacré sa vie pour soulager les nécessiteux. Chez lui, tout part du cœur et revient au cœur. Le partage n’est pas seulement d’ordre caritatif, mais aussi de l’ordre de la vérité de foi.
3.3. Vie spirituelle
C’est dans la simplicité, la pauvreté de cœur, qu’il reconnaît la présence de Dieu, d’abord comme une voix intérieure, puis comme une lumière, une douceur et un amour pénétrant au plus profond de l’être. Il a aimé le Christ, incarnation de l’amour ; il s’est toujours laissé saisir par son enseignement.
3.3.1. Vie de prière
« Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga2,19). Voilà le leitmotiv d’une vie de prière, simple, humble, dépouillée. Le Christ en nous, à travers nous, par delà nous-même, voilà ce qui est plus important. Car ce que le Christ dit et fait, ce que nous avons à transmettre de lui-même est précisément vie, sa vie. Et ce « plus de vie » ne devient crédible que lorsqu’il saisit la vie, engendre la vie, communique la vie ; et là, Baba Simon, pasteur, s’est senti le premier concerné. Si le Christ existe pour les autres, c’est parce qu’il se reçoit totalement du Père. Ainsi, il n’y a pas d’autres chemins possibles : il faut exister à partir du Christ. Veux-tu être un rayon de soleil en ce monde ? Entre alors dans le soleil lui-même.
« Et il en établit douze
pour être avec Lui et pour les envoyer prêcher… » (Mt3,14). Voilà le
mouvement toujours neuf de la vie de l’Abbé Simon Mpeké : être avec Lui pour être envoyé par Lui. Très
concrètement, le prêtre a besoin de temps pour « être », de temps
pour la prière, pour la conversion,
pour la pénitence et la confession. Il a besoin de temps pour penser à
Dieu, à soi et aux autres. Sinon, il devient un « technicien de la
pastorale ». Plus Baba Simon avait à faire, plus il prenait de temps pour
Lui, sûr que le temps pour lui est temps pour les autres. Celui qui doit donner
beaucoup d’eau doit s’attarder plus longuement à la source. Voilà qui crée
souvent tension et pression, mais c’est l’unique chemin pour exister vraiment
pour les autres et leur donner le Christ Lui-même. L’on remarque alors
« qu’il se couche toujours tard, après s’être enfermé a l’église, près
de l’autel, pour réciter son bréviaire ou encore égrener son chapelet »[58],
convaincu que le secours maternel du prêtre est entre les mains de la sainte
Vierge Marie, Mère des prêtres. Préoccupé par les réalités d’en haut, l’Abbé
Nicodème Bouh note
ceci : « Perdu dans la contemplation surtout lorsqu’il
cheminait seul, à la suite de ses compagnons de route, il en oubliait même les
objets les plus familiers. Son bréviaire, il aimait à le porter sous
l’aisselle »[59].
3.3.2. La dévotion eucharistique
La vie d’adoration, la plus complète expression du parfait amour, la vie d’oraison de Baba Simon est entièrement centrée sur Jésus présent et vivant dans l’Eucharistie et dans l’Evangile.
Dès son arrivée à Mayo-Ouldémé, dans ses premiers contacts, il célébrait les messes dans les villages même s’il n’y avait pas encore de chrétiens. Il est convaincu que l’Eucharistie est l’une des sources importantes dans la construction de l’église. C’est un lieu de rencontre profonde et intime avec le Christ. Elle lui est familière et étroitement liée à sa vie à l’exemple de la nourriture et de la boisson.
« La vénération de Dieu qui est
amour naît dans le culte eucharistique, dans cette sorte d’intimité dans
laquelle lui-même comme la nourriture et le boisson remplissent notre être
spirituel en lui assurant comme elle la vie. Une telle vénération eucharistique
de Dieu correspond étroitement à ses desseins salvifiques.»[60]
Célébration quotidienne de l’Eucharistie, adoration et visites régulières au Saint-Sacrement, voilà qui constituaient l’énergie spirituelle, vitale de Baba Simon, source d’apaisement, de force et de courage. Dans la lettre qu’il écrivait à ses confrères de l’Union Sacerdotale des Frères de Jésus, il ne manque pas de souligner l’importance et la place centrale de l’Eucharistie dans sa vie, sa pastorale :
« Plus de tranquillité, plus d’abandon dans les
peines, élévation vers Dieu, parfois contrecarré par le ministère, tentation de
découragement, à cause des derniers évènements (mort de Mgr Bonneau),
l’Eucharistie est la seule consolation, la joie… Dans l’isolement Jésus est la
seule lumière et le seul guide. »[61]
Baba Simon croit à
l’Eucharistie, signe du renouvellement du sacrifice unique, Dieu qui fait
alliance avec lui, et s’adresse d’une manière nouvelle et définitive à tout
homme. Il croit fermement que le Christ se rend présent, mystérieusement, mais
certainement, à lui. C’est en elle qu’il tire la vie, la joie même de Dieu pour
pouvoir la donner au peuple de Dieu
« Dernier couché, premier levé ; dès 4
heures du matin, il sort pour aller à l’église. Là il passe un bon moment
devant le Saint-Sacrement et après avoir sonné pour appeler les fidèles, il
célèbre la messe à 5 heures du matin, avant de commencer une nouvelle journée
faite de rencontres et de visites de tout genre. »[62]
Il s’est toujours efforcé de devenir lui-même eucharistie en s’unissant au Christ.
3.3.3. Les récollections et retraites
Au milieu de ses multiples occupations, l’Abbé Simon s’est souvent retiré pour se consacrer exclusivement à la méditation religieuse, à la réflexion, au recueillement, à la prière. Quittant ses travaux pastoraux ordinaires, il allait se mettre en présence de Dieu dans la montagne appelée de nos jours « montagne Baba Simon », véritable lieu de pèlerinage pour de nombreux jeunes du Cameroun et d’ailleurs, tous les mois d’août. Dans le silence et à partir de l’Evangile, de la vie du peuple Kirdi, il a donné un élan à sa vie spirituelle, tout en la réorientant vers la volonté de Dieu.
Souvent avec ses premiers confrères de l’Union Sacerdotale, ils se sont retrouvés. Sont inscrits au programme : silence, messe, office, conférence, Evangile, échange, désert, révision de vie, adoration nocturne…
Par ailleurs, l’on voit que « régulièrement
chaque semaine, il disparaissait de grand matin. Il est parti se}
blottir~
plus près de Dieu et faire le plein »[63].
Pour s’élever spirituellement, ascèse et mortification ont accompagné ses moments privilégiés de prière, se privant totalement du repas ou le réduisant simplement à des légumes offerts par les paroissiens.
3.3.4. Les spiritualités diocésaine et foucauldienne
Devenu prêtre diocésain aux premières heures de l’évangélisation du pays, il faut dire du point de vue spirituel que ce n’était pas facile. Les conditions ardues du ministère ont poussé Baba Simon à s’enraciner solidement dans une relation personnelle privilégiée avec Celui qu’il a accepté de suivre en laissant son filet (cf. Mt4,20). La route qu’il a prise révèle peu à peu des aridités, des obstacles imprévus, des malentendus, voire des dissensions ; et l’on ne peut avancer d’un pas ferme que si, au jour le jour, est entendue la Parole de Jésus qui rend fort dans le vent et la tempête. Pour tenir bon face aux vents contraires éventuels, il fallait l’appui d’une spiritualité vivante et robuste.
Bien que n’étant pas tout à fait élaborée et systématisée à l’époque, l’Abbé Simon savait que cette spiritualité était éminemment ecclésiale et missionnaire. C’est ainsi qu’il a fondé sa vie sur l’adhésion personnelle - pour le suivre et le suivre - au Christ envoyé par le Père et consacré par l’Esprit, en accueillant dans sa vie le mystère central de l’Eucharistie et la présence exemplaire de Marie ; sur une communion et une obéissance cordiale au pontife romain et à l’évêque - en témoignent le dialogue et la concertation avec son évêque avant sa venue au Nord-Cameroun - ; sur une fraternité avec les prêtres du presbytérium local. Le service apostolique à l’égard des fidèles, une entière disponibilité pour évangéliser les non-chrétiens ont meublé sa vie de prêtre diocésain.
Il a imité la vie évangélique des Apôtres, n’hésitant pas à aller porter la Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre(Ac1,8), s’entourant de collaborateurs. Il a vécu au service de l’Eglise dans une sainteté, issue de son ministère à la suite du Christ, selon les exigences évangéliques d’obéissance, de chasteté, de pauvreté, dans une attitude d’humilité et de fidélité à porter sa Croix à l’imitation du Christ (cf. Mt10,38).
La vie spirituelle de l’Abbé Simon a été ainsi marquée par l’esprit foucauldien. En effet, parti pour plusieurs mois vivre au désert l’expérience d’El-Abiodh, il acquiert encore davantage la vie de pauvreté, d’oraison, de simplicité, de témoignage, de charité… Durant ces contacts, il a ingurgité le message spirituel de Charles de Foucauld qui consiste à réapprendre le mystère de l’incarnation aux hommes d’aujourd’hui, le message qui s’appuie sur la conviction que le chrétien est appelé à s’identifier à Dieu fait homme. Il s’agit d’aimer Dieu de tout son cœur et de tout enfermer dans l’amour, en vivant avec Jésus : prière, sainte Eucharistie, méditation quotidienne des Evangiles, intériorisation de la vie de Jésus.
Aussi, s’agit-il de ce que Charles de Foucauld appelle « Vivre Nazareth ». En effet, quand on est plein de Jésus, on est plein de charité. Le cœur de Jésus conduit Baba Simon au cœur des hommes, dans l’imitation de la vie de Jésus à Nazareth, vie enracinée dans la condition commune des hommes, dans la pauvreté, l’humilité et le silence. Objectif d’une telle vie, sauver les hommes avec Jésus, voir en tout humain Jésus.
Baba Simon a enfin hérité de la spiritualité foucauldienne la vie comme frère universel. Nourri d‘un désir ardent de partager Jésus avec les frères qui ne le connaissent pas encore, d’abord par l’instruction, ensuite par la conversion. Ce premier témoignage étant déjà proclamation silencieuse de la Bonne Nouvelle et « geste initial d’évangélisation », pour reprendre les paroles du pape Paul VI. L’on perçoit alors les ingrédients qui ont moulé et façonné la vie de l’Abbé Simon, vie où sont mises en valeur l’intransigeance et la radicalité : l’Evangile vécu au pied de la lettre et le détachement de tout ce qui n’est pas Dieu.
Ainsi, pastorale, ministère, réunions, rencontres, réconciliations, visites, catéchèses, Eucharisties, préparations diverses, bureau, comptes… véritables lieux de sanctification, Baba Simon ne les faisait jamais seul, mais toujours en lien avec le Christ, en sa présence. Vivre, agir, selon l’Evangile, voilà toute la force de sa vie. Diocésain-missionnaire, Baba Simon enrichi des spiritualités diocésaine et foucauldienne était suffisamment armé, parce qu’imbibé de Dieu pour vivre en bon pasteur, serviteur fidèle, partout où le Seigneur l’appelait.
CONCLUSION
GENERALE
« Si un homme ne trouve pas un idéal pour lequel il veuille mourir, il a perdu le sens de la vie »[64]. L’amour de Jésus, de l’Evangile et des hommes ; voilà l’idéal pour lequel Baba Simon a vécu et s’est épuisé jusqu’à la mort. Bien que depuis le 14 Août 1975, l’on a confié son corps à la terre, la tombe est trop étroite pour son âme. Baba Simon est mort, mais son esprit reste vivant en des millions d’esprits qu’il a convaincus par la valeur de sa vie.
Tout au long de ce travail, nous avons tour à tour analysé
comment naît et autour de quoi se constitue sa décision en faveur d’une vie
missionnaire alors qu’il était prêtre diocésain ? En vertu de quoi, après
quelques années de ministère au Sud, décidera-t-il de monter au Nord pour
l’évangélisation malgré non seulement les conditions ardues de l’apostolat,
mais aussi l’environnement socio-politique et religieux peu favorable ?
Au delà de l’appel intérieur, ses premiers pas avec les
missionnaires, sa rencontre avec la spiritualité foucauldienne, les différents
appels magistériels, sa curiosité… ont été des motivations profondes et
sérieuses de son départ en mission.
Homme aux yeux grands ouverts, aux oreilles attentives, au
cœur chaud, il a été témoin : témoin brûlé par une passion dévorante à
laquelle il consacre toute sa vie celle de la diffusion de l’Evangile. Dans le
dynamisme de son existence, il a atteint une adhésion profonde à la vérité
(l’Evangile), vérité qui le soutient dans sa vie personnelle et qui représente
tout ce qu’il a à communiquer.
Dans une
approche missionnaire originale, il a découvert, pénétré, approfondi la culture
Kirdi dans le respect et l’écoute et a développé un dialogue inter-religieux,
instaurant un climat fraternel, luttant pour que l’homme retrouve sa dignité
tel que le créateur l’a voulu, image de Dieu. Baba Simon a vécu un zèle
apostolique, expression d’un cœur débordant d’amour, d’une ardeur, d’une
ferveur, d’une passion, d’un feu.
Homme rempli de
l’Esprit de Jésus-Christ, revêtu de ses vertus, pénétré de ses sentiments,
animé de son zèle, brûlant de son amour, Baba Simon avait fait sienne ces
paroles de l’Apôtre Paul : « Pour moi, vivre c’est le
Christ » (Ga2,20). C’est dire que le cœur de sa vie apostolique
réside dans l’appartenance et l’abandon complet au Seigneur, dans un dévouement
total de lui-même à Jésus-Christ, avec Jésus et pour Jésus. D’une vie simple,
pauvre et humble ; à la charité grande, au cœur et aux mains ouverts, à la
vie spirituelle dense ponctuée d’Eucharistie et de récollection, Baba Simon a
su former le Christ en lui. L’action vient comme conséquence de ce travail
spirituel :
« Cultivez votre vie intérieure sans jamais
cesser de travailler et de former Jésus-Christ en vous, afin que vous puissiez
vous présenter aux infidèles remplis de son Esprit, riche de sa grâce et
entièrement revêtus de Lui. Ce n’est qu’ainsi que vous serez des apôtres et que
vous recueillerez des grands fruits d’âmes. »[65]
Cette forte
charge spirituelle fait en sorte que Baba Simon se situe constamment face à la
gloire de Dieu et au salut des âmes. L’abandon, la confiance, l’intimité pour
Jésus-Christ, signes d’une amitié avec Lui ont marqué sa vie. Voici sa
règle d’or :
« Je veux beaucoup aimer le bon Dieu et je fais tous mes efforts pour m’accrocher à Lui dans tous les états de mon âme, car Lui seul peut me sanctifier. Dieu n’est pas seulement le Seul Saint, mais Il est aussi le Seul qui sanctifie. Il n’y a donc aucun autre recours pour ma sanctification. Je suis pécheur, il est vrai, mais il n’y a pas un autre qui peut me sanctifier, et puis je sais qu’Il est riche en miséricorde. Le fond de ma piété est de m’accrocher à Dieu parce qu’Il est bon. » [66]
Baba Simon a été
avec et pour les autres, en liberté, en gratuité, en joie, jusqu’au bout de la
vie pour après, retourné au Père, consumé.
« D’une
expérience pionnière d’un sage africain qui a rencontré l’Evangile de Jésus-Christ
et l’a vécu en profondeur dans un souci constant d’abnégation totale, de
dialogue quotidien avec les religions traditionnelles africaines, de relation
étroite avec les fidèles de l’Islam et dans un choix radical de solidarité
active avec les pauvres et les opprimés »[67].
Aujourd’hui plus
que jamais il s’agit de s’interroger : comment faire pour calquer sa
prodigieuse méthode missionnaire ; pour vivre son zèle apostolique et son
intimité avec Dieu ? Que faire pour développer ce noble idéal de la
fraternité humaine sans bornes que nous a enseigné Baba Simon ?
Tout au long de ce travail, nous avons revécu la brève –
mais combien pleine – existence missionnaire de Baba Simon. Nous avons entendu
ses paroles vibrantes de conviction et d’espérance ; nous avons admiré sa
vie. Nous voulons faire nôtres ces paroles de Jean Paul MESSINA :
« Grand homme, Baba
Simon l’a été. Son plus grand mérite est d’avoir réussi à transcender les
contradictions et les contrariétés de la vie missionnaire pour rester fidèle à
l’Esprit de l’Evangile et de témoigner de sa foi chrétienne non par simple
idéal de triomphalisme mais par un engagement concret au service de la cité
terrestre sans laquelle la cité de Dieu est une vaine obsession. Cet engagement
est fondé sur l’amour de la vérité, l’écoute et le respect de l’autre, la foi
en Dieu et en l’homme créé à son image. Baba Simon s’est ainsi révélé un modèle
de messager de la Bonne Nouvelle »[68].
Oui, Baba Simon continue de vivre en des milliers d’esprits par le caractère exemplaire de sa personnalité et de son action, par son amour de Jésus et de l’Evangile, par la force de son message de liberté et de foi en l’homme. Baba Simon nous interpelle, chrétiens, prêtres et futurs prêtres. Il nous invite et nous incite à agir pour Dieu et pour l’Homme.
BIBLIOGRAPHIE
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Interview de baba Simon par Jean Baptiste BASKOUDA, Maroua, mai 1975
Interview de Baba Simon par Paul JUBIN, 1972
Interview de Baba Simon, par Noël LECA, mars, 1970
Interview télévisée de Michel FARIN, 1973
L’Effort Camerounais, N° 153, septembre 1958
L’Effort Camerounais, N° 168, décembre 1958
Témoignage de DJIMERE, recueilli par CADOR (G), 1995.
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VATICAN II, Déclaration sur l’Eglise et les religions non chrétienne, Nostra Aetate, Les seize documents conciliaires, texte intégral, Paris, Fides, 1967, 671p.
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VATICAN II, Gaudium et Spes, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps. Les seize documents conciliaires, texte intégral, Paris, Fides, 1967, 671p.
TABLE
DE MATIERES
Dédicace................................................................................................................................. i
Remerciements................................................................................................................. ii
sigles
et abréviations ............................................................................................... iii
INTRODUCTION GENERALE.............................................................................................. 1
1. Eveil de sa vocation missionnaire......................................................................................... 7
1.1. Sa formation et ses
premiers pas de jeune prêtre avec les missionnaires spiritains..... 7
1.2. La rencontre de la
spiritualité de Charles de Foucauld............................................. 8
1.3. Jésus Caritas et les
retraites internationales..................................................................... 9
2. Les appels du Magistère........................................................................................................ 10
2.1.L’appel de Pie XII dans
l’encyclique
}Fidei-Donum~ ................................................... 10
2.2. L’Appel de Monseigneur
Yves Plumey........................................................................ 12
2.3. Appel du premier
missionnaire camerounais, père Alexis ATANGANA...................... 14
3. Autres motivations................................................................................................................. 15
3.1. L’ouverture du peuple
Bassa.............................................................................................. 15
3.2. Sa curiosité.......................................................................................................................... 15
CHAPITRE II : VIE
MISSIONNAIRE DE BABA SIMON............................................... 17
2.1.
Organisation
de la mission............................................................................................... 17
2.1.1. Arrivée à
Mayo-Ouldémé............................................................................................... 18
2.2. Rencontre avec la
culture Kirdi......................................................................................... 20
2.2.1. Sa vision de la
tradition................................................................................................... 20
2.2.2.
Découverte-Etonnement-Approfondissement ............................................................. 21
2.3.1. La religion
traditionnelle................................................................................................ 23
2.3.2. La religion
protestante.................................................................................................... 25
2.3.3. L’Islam.............................................................................................................................. 27
2.4. La promotion humaine....................................................................................................... 29
2.4.1. L’ Education..................................................................................................................... 30
2.4.2. La santé............................................................................................................................. 34
2.4.3. La justice et la paix.......................................................................................................... 36
2.5. L’inculturation.................................................................................................................... 38
2.5.1 Une démarche lente
d’inculturation.................................................................................39
2.5.2. Quelques gestes
symboliques forts d’inculturation..................................................... 40
CHAPITRE III : SOURCES
ET FONDEMENTS DE LA VIE MISSIONNAIRE DE BABA SIMON 44
3.1. Simplicité de vie................................................................................................................. 44
3.1.1. Humilité et renoncement à soi....................................................................................... 44
3.1.2. Reconnaissance du visage du Christ en
tout homme.................................................... 46
3.2. Œuvres de charité............................................................................................................... 48
3.2.1. L’option évangélique préférentielle
pour les pauvres.................................................. 48
3.2.2. Partage : cœur et main ouverts....................................................................................... 50
3.3. Vie spirituelle..................................................................................................................... 51
3.3.1. Vie de prière.................................................................................................................... 51
3.3.2. La dévotion eucharistique............................................................................................... 52
3.3.3. Les récollections et retraites......................................................................................... 54
3.3.4. Les spiritualités diocésaine et
foucauldienne............................................................... 55
CONCLUSION GENERALE.................................................................................................
58
BIBLIOGRAPHIE................................................................................................................... 63
TABLE DE MATIERES.......................................................................................................... 64
[1] De son vrai nom Simon MPEKE
[2] cf. Diocèse de Maroua-Mokolo, Rapport Quinquennal 1995-2000, pp.94-95.
[3] BASKOUDA J.B., dans la Préface de On l’appelait Baba Simon de Grégoire CADOR, Yaoundé, Presses de l’UCAC, éd. Terre africaine, 2000, p.8.
[4] CADOR G., On l’appelait Baba Simon, Yaoundé, UCAC/T.A, 2000, pp.108-109.
[5] Ibidem
[6] Extrait du Journal de la Mission Catholique de Ngovayang de 1927-1947
[7] BECQUART M., CIMETIERE P., Rien ne vaut que l’amitié, Paris, Centurion, 1980, pp 69-70.
[8] Cf. CADOR G, Op.cit, p.116.
[9] Cf. Témoignage de la sœur Marie-Celine Ngo Pem , recueilli par l’abbé Grégoire Cador.
[10] Cf. Témoignage de la sœur Marie-Celine Ngo Pem, recueilli par l’abbé Grégoire Cador.
[11] Documentation Catholique, n°1379, 1er juillet 1962, p.1337.
[12] SIX J.P., Guy
Marie Riobé, Evêque et prophète, Paris, le Seuil, 1982, p.114.
[13] Diaire de l’Union Sacerdotale des Frères de Jésus, n° 26, déc. 1958.
[14] PLUMEY Y,
Mission Tchad ,Cameroun « Préface de Mgr Jean Zoa », Italie, éd. Oblates, 1990, p.VII.
[15] « Seul prêtre Ewondo dans le Nord. Le père Alexis A. nous parle » dans l’Effort Camerounais, n° 153, du 07 septembre 1958.
[16] Cf. Organe redoutable qui imposait la discipline et faisait régner l’ordre dans la société M’poo. C’est une initiation en forêt.
[17]Cf. DIKOUME C, Les origines de Simon MPEKE, conférence prononcée à Tokombéré le 13 Août 1995, pour le 20ème anniversaire de la mort de Baba Simon.
[18] PLUMEY Y., Mission
Tchad-Cameroun, éd. Oblates, Rome, 1990, p 327.
[19] MPEKE S., la religion traditionnelle des Bakoko, Museum Lessianum, Louvain, Belgique, 1934.
[20] Interview télévisée de Michel Farin, 1973.
[21] Cf.Cet ouvrage dont l’existence est attestée introuvable, a été retrouvé par le postulateur de la cause de Béatification de Baba Simon.
[22] Mgr MONGO T, « le Cameroun devant son indépendance » in Documentation Catholique n°1318, du 20 décembre 1959, pp.1577-1584.
[23] KAROTEMPREL S., Suivre le Christ en mission, Rome, UUP, 1999, p.115
[24] KAROTEMPREL
S, Op.cit., p.116.
[25] Interview de Baba Simon par Jean Baptiste BASKOUDA, Maroua, 27 Mai 1975.
[26] Ibidem.
[27] Témoignage d’Alphonse Yaouba, catéchiste à Tokombéré, par BASKOUDA J.B., 1995.
[28] Interview
de Baba Simon par BASKOUDA J.B., Maroua, 27 mai 1975.
[29] CADOR G., Op. cit., p.164.
[30] Témoignage
de M. EYANGA B.M, recueilli par l’Abbé CADOR G., à Ngovayang, 22 février
2003.
[31] Témoignage de Mr MBPILE G., née en 1926, protestant, chef de village de Mougue, recueilli par l’abbé Grégoire cador, 23 février 2003.
[32] Interview
de Baba Simon par BASKOUDA J.B., Maroua, 27 mai 1975.
[33] Interview
du chef TIKIREY par BASKOUDA J.B., novembre 1984.
[34] Mgr PLUMEY
Y, Op.cit., p.334.
[35] KING LUTHER M, cité par BINWEN YI K. dans Discours théologique Négro-Africaine, problèmes de fondements, Paris, Présence Africaine, 1981, p.162.
[36] BASKOUDA J.B., Baba Simon, le père des Kirdi, Paris, Cerf, 1998, p.43.
[37] interview
de Baba Simon par BASKOUDA J.B., Maroua, 27 mai 1975.
[38] A noter que Margui-Wandala est l’ancien nom du département donné a la région couvrant Mora et Mokolo et dont ce dernier était le chef lieu.
[39] Interview de Baba Simon par Baskouda J.B., Maroua, 27 mai 1975.
[40]
Idem.
[41] AURENCHE C., Sous l’arbre sacré, Paris, Cerf, 1987, p.113.
[42] KI-ZERBO J., intervention lors des rencontres de Bouaké (Côte d’Ivoire),
1962, p.118.
[43] MPEKE S., « Ne vendez pas vos filles, dotez les » dans L’Effort Camerounais, n° 168, du 12 déc.1958 (sans page).
[44] Cf. Lettre de Baba Simon au préfet de Margui-Wandala le 08 juin 1967, courrier conservé dans les Archives du Diocèse de Maroua-Mokolo.
[45] Le premier auteur à avoir employé le mot dans son sens missiologique est D. Segura P.B., « L’imitation, valeur permanente en vue de l’inculturation ». Rapports et compte rendu de la XXXIXème semaine de Missiologie, Louvain, D.D.B (1959). Terme reconnu en 1975 lors de la 32ème Congrégation Générale de s.j, pp.219-235.
[46] Interview de Baba Simon par JUBIN P., 1972.
[47] CADOR G., Op. cit, p.163.
[48] DINECHIN B.
et TABART Y., Un souffle venant d’Afrique, Paris, Centurion, 1986,
p.157.
[49] Témoignage de Baba Simon lui-même rapporté par Michel FARIN s.j., transcription du texte du film réalisé par la télévision française, 1974.
[50] Cf. Prière composée par Mgr STEVENS P. et l’Abbé CADOR G. pour demander la béatification de Baba Simon.
[51] L’expression « couper le chien en deux » est une manière locale de dire « faire alliance ».
[52] BASKOUDA J.B., Op. cit., p.68.
[53] AURENCHE C.,
Op. cit, p.24.
[54] Ibidem, p.142.
[55] Histoire du diocèse de Maroua-Mokoko, Eléments-Repères, Avril 1990, p.30.
[56] MOLLAT M., Les pauvres au moyen âge, Paris, Hachette, 1978, p.98.
[57] Interview
de Baba Simon par P. LECA N., omi, 24 mars 1970.
[58] CADOR G., Op. cit, p.99.
[59] CADOR G., Op. cit, pp.74-75.
[60] Jean Paul II, Lettre aux évêques sur le mystère du culte, 18 mars 1980.
[61] Lettre de Baba Simon à l’Union Sacerdotale }Jésus Caritas~, 1957.
[62] CADOR G., Op. cit, p.100.
[63] Idem.
[64] KING M.L., Détroit ( USA ), le 23 juin 1963.
[65] MANNA P. Ai partenti del 1930, “ Archivio Generale Misioni Estere”, Rome, fondo Manna, sezione epistolario. Discorsi Ai Misionari partenti 1925-1935, Vol 55. pp 27-28.
[66] Cf. Lettre de Baba Simon à DUFOUR A., 21 novembre 1972.
[67] ELA J.M., Repenser la Théologie africaine : le Dieu qui libère, Paris, Karthala, 2003, p.180.
[68] MESSINA J P, “ Une grande figure de la mission : Baba Simon”, in Spiritus, N° 153, déc. 1998, p 371.